Lutte anti-corruption: La récupération des biens détournés s’intensifie

Pas moins de 30 entreprises appartenant à des oligarques condamnés dans des affaires de corruption de grande ampleur ont été nationalisées, à travers des opérations de cession au profit du secteur public marchand. Ces biens mobiliers et immobiliers avaient été confisqués dans le cadre des affaires de corruption impliquant d’anciens hauts responsables et des hommes d’affaires de l’ère du président déchu Abdelaziz Bouteflika.
Jeudi dernier, des ministres ont instruit les directeurs des groupes et des sociétés à accélérer le processus de réaffectation de ces biens au profit des entreprises publiques. Des hommes d’affaires, à l’image d’Ali Haddad ou Mahieddine Tahkout, ont été poursuivis et lourdement condamnés dans plusieurs affaires de corruption. Leurs biens mobiliers et immobiliers ont été saisis avant d’être récupérés par l’État. Ces opérations interviennent dans le cadre de l’application des directives du président Tebboune, portant sur la récupération des biens et actifs confisqués en vertu de jugements définitifs de la justice.
Dans le secteur industriel, le ministre en charge du secteur, Ali Aoun, a affirmé lors de la réunion tenue jeudi dernier avec les PDG des groupes publics, que 23 entités industrielles ont été saisies en vertu de jugements judiciaires définitifs. Le groupe Gica (ciment) a récupéré quatre unités de fabrication de carrelage à Batna, Mascara, Tiaret et à Médéa. Le groupe Imetal a, quant à lui, absorbé quatre entreprises dont Castil à M’sila, Gtrons à Alger, Kias Motors et Glovis. Le holding ACS a récupéré à Tlemcen, deux entreprises du groupe Kherbouche. La première entreprise est la Sarl «Canal Plast», versée dans l’industrie des plastiques PVC et PEHD, a été saisie par l’Etat alors que la seconde entreprise récupérée est spécialisée dans la fabrication du matériel agricole.
De son côté, le ministre du Tourisme, Mokhtar Didouche, a présidé, jeudi dernier, une réunion avec le PDG du Groupe Hôtellerie, Tourisme, Thermalisme (GHTT). Selon le communiqué publié à l’issue de cette réunion, six hôtels appartenant à des hommes d’affaires en détention pour des affaires de corruption ont été réintégrés dans le secteur public. Il s’agit de deux hôtels situés à Alger, intégrés à l’Entreprise de gestion hôtelière EGH El Djazair et de deux autres hôtels et un complexe touristique (Bungalows) à Azzefoune et Azazga (Tizi-Ouzou), intégrés à l’ETK Tizi Ouzou. Un projet hôtelier implanté à Ouargla a été affecté à l’EGT Ghardaia. Un hôtel 4 étoiles implanté à Boumerdès, appartenant à Ali Haddad a été affecté à la société d’investissement hôtelière (SIH).
Plus de 30 milliards de dollars récupérés
Samedi dernier, le ministère de l’Agriculture a, pour sa part, fait savoir que le secteur a bénéficié de trois entreprises dans le même cadre de la lutte contre la corruption. Une entreprise de production de viandes blanches et d’œufs a été transférée au Groupe Agro-Logistique Agrolog. Une fromagerie a été affectée au Groupe Giplait et, enfin, une société de conditionnement d’huile d’olive a été mise à la disposition de l’Entreprise de développement des cultures agricoles stratégiques DCAS.
Il y a une année, le président Tebboune avait annoncé la récupération de plus de 30 milliards de dollars de fonds détournés entre sommes d’argent, biens immobiliers et unités industrielles. «Le travail se poursuit pour récupérer les fonds détournés vers l’étranger», avait assuré le Président Tebboune, indiquant que «nombre de pays européens ont affiché leur disposition à restituer les fonds détournés». Les procédures de récupération des biens spoliés avaient été engagées en 2021. L’entreprise de production d’huile de table implantée dans la wilaya de Jijel a été la première entité étatisée. L’usine appartenait aux quatre frères Kouninef, propriétaires du groupe KouGC, condamnés, en mai dernier, par la Cour d’Alger, à des peines allant de 12 à 20 ans de réclusion et à de fortes amendes ainsi que la saisie de leurs biens. Ces derniers étaient poursuivis et condamnés pour «trafic d’influence», «blanchiment d’argent», «financement occulte de la campagne électorale du président Bouteflika» et «perception d’indus avantages».
L’entreprise du Transport universitaire de Mahieddine Tahkout, condamné à 16 ans de réclusion, a été également récupérée. Une procédure similaire a aussi touché les entreprises du groupe Mazouz composé de plusieurs filiales, dont le principal propriétaire, Ahmed Mazouz, purge une peine de 7 ans de prison.
Enfin, l’entreprise des travaux publics, ETRHB, de l’homme d’affaires Ali Haddad, condamné dans plusieurs affaires, est également concernée par la récupération.
G. Salima
