Urbanisme écologique : Et si les rues emblématiques d’Oran devenaient piétonnes ?

Et si les rues les plus emblématiques d’Oran étaient transformées en artères piétonnes ? En effet, pourquoi ne pas rendre piétonnes les artères et boulevards du centre historique d’Oran, à l’image de la place du 1er Novembre (ex-Place d’Armes), du front de mer, des rues Khemisti et Ben M’hidi ? La très polluée et très dense cité Akid Lotfi gagnerait aussi à être transformée en zone piétonne. Le bon exemple vient d’Alger où la rue Ahmed-Chaïb (ex-rue de Tanger), une artère historique de la capitale, vient d’être transformée en zone piétonne.
A Oran, l’écrasante majorité de l’espace public est réservé aux voitures ou aux bruyants deux-roues motorisés. Il s’agit simplement de rééquilibrer le rapport entre les modes de déplacement, en tenant davantage compte de l’écologie et de la santé publique.
«La grande ville oranaise doit réduire la place de la voiture dans l’espace public, notamment au profit des transports collectifs, des piétons et des cyclistes», plaide M. Kharbouche, un urbaniste spécialiste de l’aménagement urbain. Les piétonnières sont caractérisées par des réalisations urbanistiques qui consistent en la disparition des trottoirs, la mise en place d’un pavage ou dallage, d’un mobilier urbain ornemental, la pose de bornes de voirie et de potelets, de bacs à fleurs, de plantations et des aménagements pour des animations commerciales et festives. «A Oran, le piéton demeure un angle mort et le parent pauvre des politiques de mobilité. Les collectivités ne pensent pas à intégrer les piétons dans leurs réflexions et leur planification territoriale. Un constat paradoxal alors que la marche constitue le mode de déplacement le plus vertueux et le plus bénéfique pour la santé publique», explique encore M. Kharbouche. Non seulement elle occupe peu d’espace, mais elle présente bien d’autres bienfaits pour la santé, la qualité de l’air, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et du bruit. «Le développement des zones piétonnières est également étroitement lié aux questions de protection de l’environnement et de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre rejetées par la circulation automobile. Les rues piétonnes profitent également au commerce local, en permettant d’animer les villes», poursuit l’urbaniste.

Pour un cadre de vie vertueux

Pour M. Kharbouche, «les piétons doivent être replacés au cœur de la stratégie des politiques publiques. Les territoires urbains ont besoin de créativité permettant aux collectivités d’élaborer une stratégie piétonne et expérimenter des aménagements favorables à la marche». Le spécialiste développe d’autres arguments : «Pour favoriser la marche dans les espaces urbains, la rue est une échelle de réflexion pertinente. Plutôt que de partir de la planification stratégique territoriale qui conçoit les espaces en fonction de la circulation automobile, la rue doit être conçue pour permettre de penser à l’échelle du piéton, le plus petit des acteurs de la ville». Et d’ajouter : «En faisant le point d’entrée de la réflexion urbaine, en partant de ses usages et de ses besoins, on peut dépasser la conception dominante qui envisage les rues comme tuyaux dans lesquelles circulent les voitures». L’urbaniste cite l’exemple des rues qui desservent les établissements scolaires qui doivent absolument être rendues piétonnes afin de sécuriser les enfants. M. Kharbouche estime qu’«au-delà de la piétonisation d’une rue ou d’une place, cela peut aussi passer par la végétalisation. Derrière cette requalification des rues transparaît également l’idée de réenchanter nos villes en les rendant moins ternes et plus conviviales». «Pour toutes ces raisons, engager une politique piétonne ambitieuse a des répercussions en matière de santé publique, de pollution atmosphérique, d’attractivité de la ville et d’inclusivité», souligne encore l’urbaniste. Et M. Kharbouche de conclure : «Faciliter la marche en ville n’implique pas d’évacuer totalement la voiture, mais nécessite de revenir sur son omniprésence. Rendre certaines artères emblématiques piétonnes permettra également une patrimonialisation du centre historique ».
G. Salima

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