Crimes coloniaux français en Algérie : Stora réitère son appel à une reconnaissance officielle

L’historien français Benjamin Stora a de nouveau plaidé, dimanche soir sur la chaîne algérienne AL24news, pour une reconnaissance officielle par la France des crimes coloniaux commis en Algérie, notamment les massacres, les spoliations de terres et les violences systémiques perpétrées durant la période de colonisation (1830–1962). Il a dénoncé le silence persistant autour de ces faits dans les manuels scolaires français et appelé à une reconstruction lucide de cette mémoire partagée.
Dans ses nombreux écrits, dont La gangrène et l’oubli (1991), Les mots de la guerre d’Algérie ou encore Histoire de l’Algérie coloniale, l’historien dénonce depuis plusieurs décennies un «refoulement mémoriel» en France, fondé sur le silence, la censure et l’effacement.
Selon lui, la France a «longtemps fait passer sous silence» les épisodes majeurs de la violence coloniale, parmi lesquels les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata ; les enfumades et exécutions de masse du XIXe siècle ; la dépossession systématique des terres algériennes ; les exactions commises durant la guerre d’indépendance ainsi que les essais nucléaires en Algérie entre 1960 et 1966.
Cette prise de position s’inscrit dans la continuité de l’engagement de Stora sur la question mémorielle. En janvier 2021, il avait remis au président Emmanuel Macron un rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie, dans lequel il formulait 30 recommandations pour apaiser les tensions mémorielles entre les deux pays. Parmi ses propositions figuraient la création d’une commission « Mémoire et Vérité », l’ouverture des archives sensibles, la reconnaissance de certaines dates symboliques comme le 17 octobre 1961, la valorisation des témoignages des victimes et la reconnaissance et l’indemnisation des victimes des essais nucléaires au Sahara.
Lors de son intervention de ce dimanche, Stora a salué la création de la Commission mixte algéro-française Histoire et Mémoire, lancée à l’initiative du président Abdelmadjid Tebboune, comme un pas important vers une réconciliation durable. Il a insisté sur la nécessité de construire des ponts entre les deux rives à travers un travail historique rigoureux et partagé.
L’historien, souvent ciblé par l’extrême droite française et les nostalgiques de « l’Algérie française », a rappelé qu’il avait été attaqué pour ses prises de position jugées trop critiques envers le passé colonial. Il a également évoqué les essais nucléaires français dans le Sahara, un autre pan occulté de l’histoire coloniale, et souligné l’importance de rendre les archives accessibles aux chercheurs des deux pays pour faire émerger une vérité historique commune.
M. Stora a, par ailleurs, affirmé que «la France et l’Algérie sont condamnées à s’entendre de par leur Histoire et leur géographie», soulignant qu’«il n’est pas possible que la France se désintéresse de ce qu’est l’Algérie, ce pays continent». Donc, a-t-il poursuivi, «naturellement, les relations entre les deux pays seront reprises. Chaque crise est une opportunité de tirer des leçons et de repartir sur d’autres bases», a-t-il soutenu. Pour l’historien français, ces nouvelles fondations doivent se baser sur l’acceptation par la France de la «souveraineté algérienne» et de son «nationalisme».
Enfin, Stora a conclu en appelant à « voir ce qu’on peut faire » pour rétablir les faits et transmettre cette mémoire aux générations futures, dans un esprit de justice et de paix.
T. Feriel
