Ecriture transgressive pour quelle définition subjective ?
Par Adnan Hadj Mouri
Par le biais de l’arrière-fond de la transgression décrite dans le roman de l’autrice Bayoud, il m’a paru opportun de discuter les réactions émotionnelles qui plongent l’écriture dans l’acte «de gadgétisation».
La réaction hystérique contre la publication du roman «Houaria» ne fait que renforcer l’asservissement d’un imaginaire leurrant qui obéit aux injonctions d’une pathologie sociale très présente dans le paysage algérien.
Il est regrettable de constater que la répression et l’interdit de penser continuent à être suspendus comme l’épée de Damoclès sur les têtes de ceux qui cherchent à se départir de cet état de léthargie qui enfonce l’homme dans le trouble et l’affolement. Cependant, les fossoyeurs de la culture alimentent l’ignorance et la renonciation à la culture du livre.
Cette indigence culturelle sous couvert du savoir en Algérie s’avère être un symptôme d’une pathologie socio-éducative qui considère l’ignorance et le dogmatisme comme une vertu ; les partisans du vide culturel sont à l’affut du moindre sursaut culturel pour bâillonner de nouveau l’esprit critique.
Devant cette flânerie psychique, les adeptes du progrès social peuvent se détourner du masque mortuaire pour pouvoir dépasser le quadrillage de la vie subjective que bon nombre d’écrivains tentent de forclore à leur insu, de fait la logorrhée immédiate «de la société du spectacle» prolétarise l’imaginaire de l’écriture ; l’obscurité «de la starisation de l’écrivain» s’instille dans les esprits qui se disent progressistes.
L’existant subjectif ne doit-il pas prendre l’imaginaire de l’écriture au sérieux, pour dire que c’est l’art de bien dire «ce qui m’échappe», et de cet échappement, pouvoir dialectiser l’aliénation sociale avec la signifiante. Autrement dit, il ne s’agit pas de refuser l’inconscient.
Ecrire au sens de Barthes serait un verbe intransitif, de fait, la conscientisation de l’écrit devra nous permettre d’ébranler nos propres certitudes pour ne plus coaliser avec le surmoi larbinique tant occidental qu’oriental.
L’intelligence esthétique de l’art de l’écriture se structure comme un langage qui met en avant la recherche du sens ; le grand romantisme littéraire est celui qui valorise l’esprit du temps, il est indispensable de mettre l’accent sur «l’éthos» qui renforce le lien social d’une société.
Mais l’opération de la cataracte sociale démontre que la brouille fanatique est loin d’être terminée. Ceci dit, outre l’aspect du fanatisme, le délire de la «peopolisation» entretient une démarche régressive chez l’autre frange qui veut penser le progrès.
A cet égard, le sociologue Bourdieu avait mis en évidence, dans son essai sur «la télévision», le processus de «la censure invisible qui s’exerce sur le petit écran et livre quelques-uns des secrets de fabrication de ces artefacts que sont les images et les discours de télévision».
Ceci dit, à chaque fois que l’esthétique romanesque se détache de l’éthique de l’engagement, l’écriture du style romanesque verse dans le divertissement de la «peopolisation» qui la vide de son sens. L’art de la création littéraire permet de mettre en valeur l’écoute comme «Ulysse» arrimé au mât de son navire le chant des sirènes, tel est le combat de la trame narrative qui nous «ouvre» à l’étrange et qui nous en «défend».
De fait, la causalité psychique de l’acte de création qui devra annihiler les «autoroutes de la servitude» sera comme la glaise qu’on devra pétrir pour en faire une sculpture de soi, pour battre en brèche les camelots de l’harmonie neuronale affiliée à la débauche cathartique.
De par son épanchement romanesque, l’élan sublime du verbe mélodieux se matérialise dans le corps psychique qui discord le biologique. L’esprit et la subjectivité s’émancipent des «routines d’obéissance» en gardant dans son sein une individualité géniale censée rompre avec la politique des dogmes et de l’interdit de penser.
Ce geste créateur «de sens» renvoie réflexivement à la liberté d’expression qui demeure encore à l’état embryonnaire dans notre pays ; la sécurité narcissique enferme le sujet parlant dans la jouissance mortifère de la dé-subjectivation
Comment prétendre faire preuve de transgression si notre écriture se consume seulement à une spoliation subjective inhérente à tout être humain. Cela dit, la transgression à la sauce de Kamel Daoud par exemple, qui se nourrit d’illusions ontologiques confondant transgression et «auto érotisme» ne peut dépasser le souffle prophétique de la mort du père.
Enfin, la question de la sexualité dans le roman algérien se noie dans le mimétisme démocratique qui massacre le fondement du désir, autrement dit, la sexualité humaine n’est pas une idéologie qui se veut humaniste, la surdétermination psychique dépasse «le conditionnement animalier». Voilà l’enjeu du «décentrement de l’inconscient» qui nous fait éternellement la nique.
