CDES d’Oran: L’interdisciplinarité comme vertu
par Adnan Hadj Mouri

Depuis quelques années, le Centre de Documentation Economique et Sociale d’Oran (CDES d’Oran) tente d’enrichir l’esprit critique en organisant des cafés-débat.
Aujourd’hui, jeudi 17 octobre, il propose de revenir sur le colloque des sciences sociales et de littérature, organisée en septembre dernier, afin de faire un compte rendu sur les différentes conférences qui ont été présentées avec pour objectif de «combiner» le savoir des sciences sociales avec la littérature. La place du centre de documentation dans les débats inspire un tour d’horizon sur la place de la lecture au sein de cette bibliothèque.
Il est évident que dans l’univers du centre de documentation, la réflexion a une place prépondérante dans l’enrichissement culturel et le développement intellectuel des citoyens. Elle permet l’ouverture vers le monde et prodigue une éthique humanisante.
Dans cette optique, l’épanouissement culturel que véhicule cette bibliothèque, ne peut que renforcer la maturité du débat et permettre aux lecteurs d’être réceptifs et curieux de savoir loin du repli sur soi.
Les activités réflexives pourraient se situer entre analyse et sens critique ; elle forme une sorte d’alliance entre l’écrit et la pensée. De ce fait, la lecture livresque réconcilie, chez le lecteur, questionnement et rationalité. L’art de la lecture fera preuve d’une imagination créatrice désinhibitrice comme le disait Kafka : «Le livre doit être la hache qui brise en nous la mer gelée.» En un mot la lecture est l’acte de réflexion qui aiguise le sens de l’autonomie.
Par la mise en place des cafés-débats, l’esprit et la subjectivité s’émancipent des «routines d’obéissance» en gardant intérieurement une individualité géniale censée rompre avec la politique des dogmes et de l’interdit de penser. Ce geste créateur «de sens» renvoie réflexivement à la valorisation de la sociologie/philosophie qui demeure encore à l’état embryonnaire dans notre pays.
En effet, pour contextualiser la dimension philosophique en Algérie, nous constatons sans exagération qu’elle devient une passion inutile, d’où la lutte pour maintenir cette flamme sociologique à travers des rencontres qui se consument au fil des temps, ainsi «repenser l’université» pour reprendre le mot du regretté Djamel Guerid.
De ce fait, le geste créateur de l’individualité en générale joue son épanouissement dans le dénouement de l’ignorance satisfaite d’elle-même et d’autant plus indigente qu’elle se croit riche (l’exemple de l’enseignement des sciences sociales est édifiant à cet égard).
La recherche de l’armature théorique qu’elle soit d’ordre philosophique ou psychanalytique se voit continuellement comme l’indice de sa malédiction et de sa vanité. Les raisonnements enveloppés d’inhibitions ne servent qu’à rationaliser les répulsions que la censure refoule.
Il serait judicieux de se pencher sur la nature de cette censure/répulsion. La question que nous devons nous poser : comment la censure pourrait-elle refouler certains désirs de changement et en accepter d’autres ?
Citons l’exemple du déferlement de la modernité technologique, le surmoi serait par l’effet d’un mystérieux privilège entrouvert laissant place à deux logiques antagonistes qui se combinent (progression/régression). Cette question a bien été soulevée lors d’un précédent café-débat au CDES.
Pour revigorer l’analyse critique, le centre de documentation propose aux lecteurs et pour ainsi dire à la société civile un compte rendu du colloque «Littérature et sciences sociales, la quête de connivences intellectuelles», louable initiative pour déboulonner la pièce maitresse de la répulsion à l’égard de sciences sociales qui demeure le parent pauvre, hélas.
La rénovation pédagogique qui appelle de ses vœux la transdisciplinarité au sens du sociologue d’Edgar Morin permettra de voir la pertinence qui existe entre littérature et sciences sociales. La fécondation d’un tel rapprochement favorisera en soi un agir «émancipationnel».
Enfin pour limiter les dangers de la réification qui «mettent les lumières de la raison en éclipse», le «réenchementement du savoir» que propose le CDES ne pourra trouver son point de démarcation que dans la maturité intellectuelle censée
