Réforme du Conseil de sécurité : L’ONU donnera-t-elle raison à Tebboune ?

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, vient de réitérer son appel pour l’attribution de deux sièges permanents pour l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi qu’à une réforme des institutions multilatérales. Cet appel a été formulé une nouvelle fois lors d’une conférence de presse organisée conjointement avec Moussa Faki, président de la Commission de l’Union africaine, après le 8e sommet annuel entre l’Union africaine et les Nations Unies.
António Guterres a plaidé en faveur d’une représentation plus équitable de l’Afrique dans les instances internationales, en soulignant la nécessité de rétablir la justice pour les peuples africains, en reconnaissant que l’Afrique fait face à des défis enracinés dans le colonialisme, y compris des obstacles structurels à son développement. Le Secrétaire général de l’ONU a aussi plaidé pour « une réforme du système financier et économique mondial, jugé « obsolète, inefficace et injuste ».
L’Algérie n’a cessé de réitérer sa détermination à agir, en sa qualité de membre non-permanent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, pour défendre les intérêts du continent africain et faire entendre sa voix. L’Algérie, par la voix de son président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a constamment réaffirmé son engagement d’œuvrer à poursuivre son combat dans le cadre du processus de réforme du Conseil de sécurité, à réparer l’injustice historique imposée à l’Afrique et à veiller à ce que le Conseil dispose de davantage de légitimité et répondre avec efficacité aux défis croissants relatifs à la paix et à la sécurité.
Le Président Tebboune n’a cessé d’appeler à « réparer l’injustice historique infligée au continent africain, étant le seul contient ne jouissant pas de la qualité de membre permanent au Conseil de sécurité ». C’est ce qu’a réitéré le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ahmed Attaf qui a pris part, récemment à New York, au Sommet de l’avenir, organisé à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies. Les États-Unis viennent d’annoncer de manière tout à fait solennelle, qu’ils apportaient leur soutien à la création de deux sièges permanents pour des pays africains, mais sans droit de veto.
Avec ou sans veto
Cependant, à quoi peut servir le soutien américain à la création de deux sièges permanents au Conseil de sécurité pour l’Afrique, mais sans droit de veto? Washington ne soutient pas l’extension du droit de veto pour les éventuels nouveaux membres, et s’oppose à sa suppression pour les membres actuels. Le droit de veto du Conseil de sécurité de l’ONU est injustement réservé aux seuls cinq membres permanents de ce Conseil qui leur permet de bloquer toute résolution « de fond », quelle que soit la position majoritaire au Conseil. Le droit de veto est le moyen le plus antidémocratique de l’ONU où sont prises les décisions qui engagent l’ensemble de la planète. En effet, sur les 15 membres du Conseil de sécurité, seuls cinq permanents (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie) détiennent un droit de veto. Le Continent noir ne dispose, pour sa part, qu’à trois sièges non permanents sur les dix attribués sur une base tournante pour des mandats de deux ans.
Le dernier projet de texte, qui pourrait être modifié, suggère, sans aucune échéance, une réforme du Conseil en « traitant l’Afrique comme un dossier spécial ». Une réforme qui nécessiterait l’adoption puis la ratification par deux-tiers des 193 États membres de l’ONU. Depuis près de vingt ans, les pays africains réclament des sièges permanents avec un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. Cette demande a été formulée par l’Union africaine (UA) lors des discussions sur la réforme du Conseil. L’UA a demandé deux sièges permanents avec droit de veto dans le cadre d’une proposition plus large visant à élargir le Conseil de sécurité de 15 à 25 membres, incluant des sièges pour d’autres régions du globe. Cette demande légitime s’inscrit dans un contexte où l’Afrique, avec ses 54 États membres à l’ONU, aspire à une représentation équitable au sein de l’organisation onusienne. Les cinq membres permanents ne veulent pas partager le droit de veto, craignant que cela ne dilue leur pouvoir. L’Afrique veut l’abolition du veto. Mais si les États membres veulent garder le droit de veto, ce dernier doit être étendu aux nouveaux membres permanents, c’est une question de justice.
G. Salima
