Relations algéro-françaises: Les pieds-noirs, le Maroc et l’influence sioniste

Deux jours après sa visite au Maroc où il a réitéré honteusement le soutien de la France « à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental », le président français Emmanuel Macron a reconnu officiellement que l’un des héros de la Guerre de libération nationale, le martyr Larbi Ben M’hidi, a été assassiné par des militaires français. Comment expliquer cette double attitude du président français ?
Lors de sa visite au Maroc du 28 au 30 octobre 2024, le locataire de l’Elysée a réaffirmé le soutien de la France à « la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental ». Le président français a ainsi réitéré la position de son pays exprimée fin juillet dernier, qualifiant le plan d’autonomie marocain de « seule base pour une solution politique durable ». Ces déclarations ont provoqué une vive réaction d’Alger qui, rappelons-le, a immédiatement rappelé son ambassadeur en France. Cependant, l’influence de l’entité sioniste sur la France, concernant le plan marocain pour le Sahara occidental, est notable. C’en est même le facteur décisif. La France a choisi de soutenir le Maroc non pas pour des raisons stratégiques, ni pour renforcer ses relations avec Rabat, dont elle n’a rien à gagner sur le plan économique. L’entité sioniste a toujours reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ce qui s’inscrit dans une dynamique d’une honteuse normalisation entre Rabat et Tel Aviv.
La position française est donc davantage explicable par l’influence de l’entité sioniste que par des intérêts géopolitiques et économiques puisque Paris a beaucoup à perdre des dégradations de ses relations avec l’Algérie. Contrairement à l’Algérie, le Maroc est loin d’être un partenaire stratégique sur le plan économique pour la France.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a récemment exprimé son refus d’effectuer une visite officielle en France, dans le contexte des relations tendues entre les deux pays. Lors d’un entretien télévisé, il a déclaré : « Je n’irai pas à Canossa ». Alors que sa visite avait été prévue pour fin septembre-début octobre dernier, les tensions diplomatiques, notamment liées au soutien français au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, ont conduit à ce rejet exprimé par Alger.
Reconnaissance de l’assassinat de Ben M’hidi
Tout en soutenant la colonisation du Sahara occidental par le Maroc, Emmanuel Macron tente de «faire des gestes d’apaisement » en direction d’Alger. Deux jours après sa visite au Maroc, le président français a reconnu officiellement, vendredi 1er Novembre, que le héros de la Guerre délibération nationale, Larbi Ben M’hidi, a été assassiné par des militaires français, démentant enfin la version officielle qui soutenait jusque-là que l’un des chefs historiques du FLN s’était suicidé dans sa cellule après son arrestation par les parachutistes de l’armée française. En septembre 2018, le président français avait reconnu que Maurice Audin est mort sous la torture des militaires français en juin 1957, toujours pendant la bataille d’Alger. En mars 2021, il en a fait de même pour la mort de l’avocat Ali Boumendjel, torturé et tué par l’armée française en mars 1957 à Alger.
Pourtant, Macron parle de « vérité et de reconnaissance des faits historiques » sans formuler d’excuses officielles qui pourrait raviver des pressions internes en France avec le puissant lobby des nostalgiques de l’Algérie française et de l’extrême droite qui sont aux portes de l’Elysée. Le rapport de Benjamin Stora, commandé par Macron, se contente de préconiser « des gestes symboliques et un travail sur la mémoire collective », sans recommander des excuses formelles.
Au-delà de la reconnaissance par la France que la colonisation est un crime contre l’humanité et des assassinats de Maurice Audin et de Boumendjel, d’autres reconnaissances ont été faites: C’est le cas des massacres du 8 mai 1945. Des parlementaires français demandent la reconnaissance officielle de ces massacres commis en Algérie, où environ 45 000 Algériens ont été tués lors de répressions de manifestations indépendantistes.
Même si la France a reconnu certains actes de violence et de torture durant la guerre pour la décolonisation de l’Algérie, il n’en demeure pas moins qu’il reste encore beaucoup à faire pour apaiser les mémoires. Il reste surtout une question de fond : pourquoi la France n’a jamais demandé d’excuses à l’Algérie pour les crimes contre l’humanité commis durant 132 ans de colonisation sanglante ?
G. Salima
