Addiction aux écrans chez les enfants Lorsque le modèle familial change

Le phénomène de l’addiction aux écrans chez les enfants a atteint un niveau alarmant, au point d’être qualifié de véritable problème de santé publique par le professeur Madjid Tabti, chef de service en pédopsychiatrie à l’EHS de Chéraga (Alger). Présent ce mercredi à l’émission « L’Invité du jour » sur la Chaîne 3, il a tiré la sonnette d’alarme sur les effets dévastateurs d’une exposition précoce et excessive aux écrans.

Selon le spécialiste, près de deux-tiers des enfants sont aujourd’hui concernés par des troubles d’addiction aux écrans, avec un temps moyen d’exposition quotidien allant de cinq à huit heures. «Ce qui est préoccupant, ce n’est pas seulement le temps passé devant les écrans, mais aussi les contenus auxquels ils accèdent sans filtre ni contrôle », a-t-il averti.
Le Pr. Tabti a insisté sur les conséquences directes de cette surexposition : troubles du sommeil, anxiété, isolement, échec scolaire, voire tentatives de suicide chez les plus fragiles. « Les parents ne consultent pas pour l’addiction elle-même, mais pour ses répercussions : crises de colère, comportements violents, pertes de repères », a-t-il expliqué.
La période des vacances scolaires est, selon lui, un moment particulièrement critique. « En l’absence d’activités structurées, les enfants compensent l’ennui par une immersion prolongée dans le monde virtuel. Le problème s’aggrave », a-t-il observé.
Pour le pédopsychiatre, cette situation est le reflet d’un changement profond dans le modèle familial algérien. « Nous ne sommes plus dans la famille élargie protectrice. Aujourd’hui, dans de nombreux foyers, notamment avec des parents qui travaillent tous les deux, le téléphone ou la tablette devient un outil de ‘paix sociale’ au sein du foyer », a-t-il déploré.
Offrir un smartphone à un enfant de moins de six ans est, selon lui, « un acte extrêmement dangereux ». Il a appelé les parents à faire preuve de vigilance et à consulter dès les premiers signes de dépendance ou de trouble du comportement. « Mieux vaut prévenir que guérir, car une fois les effets installés, la prise en charge devient bien plus complexe », a-t-il insisté.
Le Pr. Tabti a enfin plaidé pour une mobilisation des familles, des écoles et des pouvoirs publics afin de mieux encadrer l’usage des écrans par les plus jeunes. « Il faut éduquer, sensibiliser et surtout limiter l’accès non contrôlé à des contenus inadaptés. Il en va de la santé mentale de toute une génération », a-t-il conclu.
Ch.G

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