Kidnapping de Maduro : La loi de Wyatt Earp « Trump »
Par Adnan Hadj Mouri

La démocratie américaine et occidentale, auréolée de prestige, atteint son paroxysme dans l’impérialisme : elle renverse les pouvoirs en place qu’elle qualifie de « dictatures » tout en révélant les deux faces d’une même médaille. Son véritable but ? Féodaliser la liberté, fabriquer la servitude et transformer les peuples en sujets dociles. Le régime » technocratique », lui, » n’engendre qu’un citoyen crétinisé, digitalisé, « réduit au rôle de spectateur passif, reléguant l’élan démocratique au rang de gadget de consommation.
Dans « La Haine de la démocratie, » Jacques Rancière nous rappelle que l’égalité politique est toujours en sursis : ceux qui parlent et ceux dont la voix est bâillonnée marchent côte à côte dans l’ombre d’un simulacre démocratique. La liberté proclamée n’est plus qu’un luxe affiché, un écran idéologique masquant » la servitude feutrée de l’ordre technocratique. »
Pour éclairer ce mécanisme, Rancière souligne que » l’État de droit n’est jamais neutre ». Il n’incarne pas l’égalité réelle, mais une hiérarchie masquée. Il institue un ordre juridique qui semble garantir la démocratie tout en reproduisant les rapports de domination. ‘L’égalité politique « n’y est reconnue que sous condition, et le droit devient un instrument de gestion de la dissidence, plutôt qu’un espace permettant son émergence. Le citoyen « ordinaire » est circonscrit dans des » rôles normés », tandis que seule la parole des autorités légitimes compte. : »La justice formelle » masque ainsi l’injustice réelle, et l’État de droit peut servir autant à protéger la liberté qu’à la neutraliser.
Autrement dit, pour Rancière, l’État de droit glorifie l’ordre tout en neutralisant le dissensus, cette force politique fondamentale qui fait surgir l’égalité là où elle est refusée.
La politique de Donald Trump et la captation géopolitique orchestrée par Maduro illustrent une régression politique et une prédation économique qui fragilisent profondément nos sociétés. Elles montrent comment l’inculture politique, alliée à la logique du profit, déstabilise le lien social, influence les comportements individuels et met en tension les structures civiles et culturelles.
Le divertissement libéral contribue à cet abrutissement collectif en valorisant l’apparence et la vanité. À force de dénoncer la dictature du prolétariat, certains critiques du marxisme se sont eux-mêmes immergés dans la dictature de l’actionnariat, qui réduit les rapports humains à une logique de rendement et les instrumentalise au nom du profit.
La politique régressive de Trump accélère ce délitement. Elle démantèle des acquis sociaux et affaiblit les institutions qui fondent le vivre-ensemble, tant à l’échelle nationale qu’internationale. Ce contexte favorise le repli sur soi, nourrit l’extrémisme et détourne l’attention des véritables enjeux politiques et économiques.
La capture de Maduro, quant à elle, illustre la manière dont le pouvoir politique et économique s’approprie des enjeux géopolitiques et pétroliers sous couvert d’idéologie et de simulacre de liberté. Loin de toute démarche d’émancipation, cette stratégie perpétue la dépendance et la vulnérabilité des peuples concernés, les laissant exposés à la misère et à des formes renouvelées de domination systémique.
L’inculture politique de Trump produit également des effets psychiques durables. Elle prolétarise l’imaginaire collectif et contribue à une infantilisation des sujets, de moins en moins armés pour analyser la complexité des rapports politiques et économiques contemporains.
Cette dynamique s’inscrit dans la continuité des interventions américaines en Irak et en Afghanistan. Le monde arabe n’est pas épargné : il subit stigmatisation, marginalisation et humiliations répétées.
Pour comprendre ces processus, il est utile de rappeler Claude Lévi-Strauss dans Race et histoire. Le «barbare » est celui qui, par la brutalité ou l’inarticulation, se situe hors du langage et de la culture. Le « sauvage », issu de silva, renvoie à ce qui » échappe à la civilisation ». Cette logique ethnocentriste, constamment réactivée, illustre la crise de civilisation analysée par Edgar Morin, qui distingue deux formes de barbarie : l’ancienne et la froide.
La barbarie ancienne comprend la haine, le meurtre et la torture. Bien que certains aient cru qu’elle disparaissait après le nazisme et le stalinisme, les guerres en ex-Yougoslavie et l’émergence de Daech en attestent la persistance. La barbarie froide, quant à elle, repose sur la rationalité instrumentale, le calcul et la primauté du profit une logique que la politique trumpienne illustre de manière exemplaire.
Le XXIᵉ siècle se caractérise ainsi par des crises financières, des misères sociales et des fractures identitaires profondes. La montée de l’extrême droite en Europe et l’affaiblissement de l’État face aux intérêts particuliers, notamment aux États-Unis, révèlent les tensions entre intégrité institutionnelle et logiques d’opportunité.
Face à cette situation, il devient nécessaire de revitaliser le capital culturel sous toutes ses formes. Le développement d’une culture citoyenne, capable d’appréhender les conflits de manière nuancée et informée, ainsi que le renforcement de la conscience collective, constituent des instruments essentiels pour contrer l’ethnocentrisme, les formes contemporaines de domination et la rationalité du profit qui compromettent la cohésion sociale.