Allocation touristique: Les précisions de la Banque d’Algérie

Une seule mesure suffit à résumer le tournant : à compter du 19 juillet, les 750 euros de l’allocation touristique ne seront plus remis en espèces au guichet, mais exclusivement crédités sur une carte de paiement internationale nominative. La Banque d’Algérie a publié, lundi, l’instruction n° 07-2026 du 13 juillet 2026 fixant les modalités d’octroi du droit de change pour voyage à l’étranger par carte bancaire, en application de la décision prise la veille par le Conseil des ministres, présidé par le président Abdelmadjid Tebboune.

Le communiqué du Conseil des ministres justifie ce basculement par des « dépassements graves ayant entraîné une hémorragie de devises, sans que les personnes concernées ne bénéficient de l’allocation touristique ». La mesure est présentée comme provisoire, et son montant — 750 euros pour les résidents âgés de 19 ans et plus, 300 euros pour les 12-19 ans, dans la limite de deux enfants par famille — reste inchangé par rapport aux montants arrêtés en décembre 2024. Selon l’instruction, ces plafonds « peuvent être ajustés, dans les mêmes formes dans lesquelles ils ont été décidés, compte tenu de la viabilité de la balance des paiements ».
Le texte, signé par le gouverneur de la Banque d’Algérie Mohammed Lamine Lebbou, abroge l’instruction n° 05-2025 du 17 juillet 2025 qui régissait jusque-là le dispositif.
Ce durcissement fait suite à des pratiques frauduleuses déjà dénoncées publiquement par le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, qui avait évoqué l’entrée de 5 000 bus vers la Tunisie entre novembre et décembre, alors que les Algériens n’ont pas pour habitude de se rendre en Tunisie pendant cette période. Le mécanisme consistait, selon le ministre, à faire transiter des voyageurs vers la Tunisie par des voies légales, à leur faire apposer un cachet d’entrée sur leur passeport, puis à les faire revenir en Algérie par des points de passage non surveillés après quelques jours, tout en conservant l’allocation perçue. Les autorités ont recensé, dans ce cadre, l’exploitation de 100 000 bénéficiaires de l’allocation chômage par ces agences de voyage, un chiffre qualifié d’alarmant, qui avait déjà conduit à suspendre le passage de ces bus vers la frontière tunisienne.
L’instruction précise que la carte de paiement internationale ou dédiée est émise à titre strictement nominatif par la banque intermédiaire agréée, ne peut être utilisée que par son titulaire et ne peut faire l’objet d’aucune cession à un tiers.

Carte nominative

Le demandeur devra déposer sa demande suffisamment à l’avance, la carte ayant une durée de validité minimale de trois ans, et le règlement de la contre-valeur en dinars — commission comprise — devra être effectué exclusivement par un moyen de paiement scriptural, au plus tard sept jours ouvrés avant le départ. Un dossier complet est exigé : titre de transport aller-retour ou quittance fiscale pour un voyage terrestre, passeport en cours de validité, copie de la première page du passeport, copie du visa le cas échéant, et justificatif de revenus.
Avant tout versement, les banques devront également vérifier que le demandeur n’a pas déjà bénéficié du droit de change au cours de l’année civile, qu’il détient bien le visa correspondant à la destination mentionnée sur son titre de transport, et que le bénéficiaire de l’année précédente a effectivement voyagé dans les délais impartis, les cachets de la police des frontières faisant foi. Le montant accordé, la devise et la date de l’opération seront inscrits sur le passeport du voyageur et déclarés sur la plateforme électronique de la Banque d’Algérie dédiée au droit de change.
Le dispositif prévoit des sanctions dissuasives : tout voyageur qui annule son déplacement, ou dont le séjour à l’étranger n’atteint pas sept jours, devra restituer l’intégralité des sommes perçues auprès de sa banque dans les cinq jours ouverts suivant son retour. À défaut, il perdra son droit de change pour une durée de cinq ans — une suspension qui cesse de s’appliquer aux mineurs concernés dès leurs dix-neuf ans révolus. L’article 19 de l’instruction qualifie par ailleurs d’infraction à la législation des changes toute manœuvre visant à détourner l’allocation de son objet initial, notamment sa mise à disposition d’un tiers qui n’en serait pas le bénéficiaire effectif, exposant ses auteurs à des poursuites pénales.
Plusieurs analyses relèvent que la condition d’ouverture d’un compte en devises pourrait constituer, dans les faits, un filtre supplémentaire pour les demandeurs : les cotisations annuelles exigées par certaines banques publiques peuvent atteindre 6 000 dinars, avec des soldes minimums sur les comptes devises, pour une population dont le salaire minimum garanti est fixé à 24 000 dinars depuis le 1er janvier 2026. Le délai de confection des cartes bancaires internationales, généralement compris entre une semaine et plus d’un mois selon les établissements, est également pointé comme une contrainte pour les voyageurs de la période estivale.
Cette instruction s’inscrit dans une série de mesures prises ces derniers mois par la Banque d’Algérie pour resserrer le contrôle des flux de devises, après qu’une instruction de mai dernier eut déjà imposé la domiciliation bancaire avant toute expédition de marchandises importées.
T. Feriel

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