Corruption dans le tabac : Nouvelle vague d’incarcérations chez Steam

Sept chefs d’inculpation, quatre responsables et opérateurs écroués en une seule nuit : le dossier de corruption qui secoue depuis huit mois la filière du tabac en Algérie vient de connaître un nouveau rebondissement judiciaire.
Dans la nuit de lundi à mardi derniers, le juge d’instruction de la deuxième chambre près le pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed a ordonné le placement en détention provisoire du directeur général par intérim de la société algéro-émiratie Staem du Tabac, identifié par les initiales «A. Zahereddine », ainsi que de trois autres cadres de l’entreprise et de plusieurs opérateurs privés du secteur.
Les mis en cause avaient comparu ce même lundi 20 juillet devant le procureur de la République près le pôle, au terme d’une semaine d’enquête approfondie menée par les services de la sécurité intérieure, qui avaient étendu leurs investigations aux perquisitions du siège de l’entreprise et des domiciles des suspects.
Selon des sources judiciaires citées par la presse, les mis en cause sont poursuivis pour association de malfaiteurs, spéculation illicite, octroi d’avantages injustifiés à autrui, conclusion de contrats contraires aux dispositions législatives et réglementaires, abus de fonction, blanchiment d’argent dans le cadre d’une organisation criminelle, ainsi que pour introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé.
Cette nouvelle vague d’incarcérations s’inscrit dans une instruction ouverte depuis plus de huit mois par le pôle pénal économique et financier sur les malversations ayant touché la société, dont le groupe public Madar détient une participation de 49 %. L’affaire avait connu un premier séisme le 21 décembre 2025, lorsque le juge d’instruction avait ordonné le placement en détention provisoire de Charaf-Eddine Amara, alors président-directeur général du groupe public Madar et ancien président de la Fédération algérienne de football (FAF), pour des soupçons de corruption liés au partenariat entre la Société nationale du tabac et des allumettes, qu’il dirigeait à l’époque des faits en 2013, et la société émiratie spécialisée dans le tabac et les allumettes. Amara a été poursuivi pour des soupçons de corruption au sein de la Staem, dossier dans lequel le principal actionnaire de Steam SPA, identifié par les initiales M. A., a également été placé sous mandat de dépôt aux côtés de plusieurs autres mis en cause, tous poursuivis pour corruption, fuite illégale de capitaux à l’étranger et blanchiment d’argent.
Le scandale a eu des retombées directes sur le marché : selon Maghreb Émergent, l’État a procédé à un plafonnement des prix du tabac après ce scandale, un dossier où plus de 1 000 milliards de centimes auraient été détournés selon cette source, les arrêtés de plafonnement couvrant notamment les produits de British American Tobacco Algérie, de la Société nationale du tabac (UTC) et de DEMAT Algérie.
Le pôle économique et financier de Sidi M’hamed traite en parallèle un dossier connexe de « barons du tabac » : selon Echorouk, plus de 20 personnes, dont 12 déjà détenues à la prison de Koléa, sont poursuivies dans une affaire de blanchiment portant sur 543 milliards de centimes de revenus tirés d’un commerce de tabac jugé suspect, impliquant la société « Nour Khan » pour le tabac.
G. Salima
