Deux dates, un même souffle stratégique
70 ans après, un même jour du calendrier continue de condenser deux moments charnières de la Guerre de libération : le 20 août 1955, jour des offensives du Nord-Constantinois menées par le chahid Zighoud Youcef, et le 20 août 1956, date de la tenue du Congrès de la Soummam dans la région d’Ifri, à Béjaïa.
C’est ce double anniversaire qu’ont mis en perspective plusieurs historiens et chercheurs sollicités par l’APS, à l’occasion de la Journée nationale du Moudjahid, ainsi qu’un colloque international organisé à Béjaïa.
Pour l’enseignant d’histoire à l’université de Médéa, Mouloud Grine, les offensives du 20 août 1955 ont constitué un « second souffle » pour la Révolution, en scellant sur le terrain la cohésion entre le peuple et le FLN-ALN, grâce à l’initiative du commandement de la Wilaya II historique. Leur portée dépasse le strict plan militaire : ces opérations ont fait échouer la tentative des autorités coloniales d’isoler la Révolution et d’encercler ses bastions, notamment les Aurès, tout en démontrant qu’il s’agissait d’un projet national à large adhésion plutôt que d’un mouvement isolé. Le chercheur Mokhtar Belkacem Hadjaïl y voit une réponse frontale à la propagande coloniale qui cherchait à minimiser l’ampleur de la lutte armée, tandis que Khelfallah Zakaria souligne leur écho international, la cause algérienne ayant été portée devant l’Assemblée générale des Nations unies après la levée du blocus médiatique imposé par la France.
Tenu un an plus tard, le Congrès de la Soummam a répondu, selon Noureddine Essed, à la nécessité de faire évoluer la Révolution de la phase de déploiement à celle de l’organisation et de la coordination. Ce congrès a permis de réorganiser le territoire national en six wilayas historiques, de créer le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) comme organe suprême de commandement, ainsi qu’un Comité de coordination et d’exécution chargé de mettre en œuvre les décisions, tout en unifiant les grades et les modes de commandement de l’ALN. Abdelmalek Tacherift, ministre des Moudjahidine et des Ayants-droit, y voit un « tournant majeur », qui a offert à la Révolution un temps de réflexion et de restructuration avant le triomphe final sur le colonialisme.
Pour l’historien Mouloud Aouimer, le rapprochement des deux dates illustre la capacité du commandement révolutionnaire à conjuguer lutte armée et planification stratégique, les dirigeants de la Révolution ayant été à la fois des combattants de terrain et des stratèges. Sur le terrain, le témoignage du moudjahid Ali Harrar, 86 ans, confirme cette articulation : dans la sixième région de la wilaya V historique, les unités de l’ALN ont intensifié leurs opérations de guérilla après les victoires du Nord-Constantinois, avant de mettre en œuvre les orientations de la Soummam sur la coordination militaire.
À Béjaïa, le secrétaire général du Haut Commissariat à l’Amazighité, Si El-Hachemi Assad, a insisté sur le message de cet anniversaire : une Algérie unie par une mémoire nationale unificatrice. Le colloque international, intitulé « La culture de la résistance : entre histoire, mémoire et imaginaire » et organisé sur trois jours avec le HCA, le ministère des Moudjahidine, les Archives nationales et la Commission nationale Histoire et Mémoire, réunit chercheurs algériens et étrangers, dont l’historien français Gilles Manceron, pour situer la résistance algérienne dans ses dimensions nationale, humaine et mondiale.
Synthèse Ch.G
