Efficacité des agences d’investissement : L’AAPI appelle à revoir les critères

Devant une table ronde de haut niveau consacrée, ce mardi, au rôle des agences de promotion et des zones économiques spéciales, en présence de l’ambassadeur d’Algérie au Qatar, Salah Attia, dans le cadre du Forum mondial de l’investissement 2026 à Doha, le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), Omar Rekkache a estimé que le nombre de projets enregistrés et le volume des investissements annoncés, « bien qu’importants », ne suffisent plus à mesurer l’efficacité d’une agence. Il a plaidé pour que l’évaluation intègre les projets entrés en production, la valeur ajoutée créée, les emplois générés, le transfert de technologie et la progression des exportations.
Les chiffres de l’AAPI montrent l’ampleur du chemin parcouru depuis son entrée en activité, le 1er novembre 2022. L’agence recensait 4 124 projets un an plus tard et 10 496 en novembre 2024, puis 19 045 au 21 décembre 2025, pour 8 242 milliards de dinars et 470 000 emplois attendus. Le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a annoncé en mai dernier le franchissement du seuil des 20 000 projets. L’essentiel est le fait d’investisseurs nationaux. En novembre 2024, sur 10 496 projets, seuls 193 étaient étrangers, directs ou en partenariat, pour plus de 974 milliards de dinars et 27 nationalités. En mars 2025, leur nombre était de 235 (89 directs et 146 en partenariat), pour 1 189 milliards de dinars. Au premier trimestre 2026, M. Rekkache a fait état de 2 131 projets pour 629 milliards de dinars, soit 4,8 milliards de dollars, et plus de 59 000 emplois.
Les flux effectifs restent en deçà. Selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 de la CNUCED, publié le 7 juillet, l’Algérie a attiré 1,53 milliard de dollars d’IDE en 2025, ce qui la place au 14e rang africain et au troisième en Afrique du Nord, loin derrière l’Égypte (15,45 milliards). La Banque mondiale avait pour sa part relevé que les annonces d’IDE avaient dépassé le milliard de dollars au premier semestre 2025, un niveau inédit depuis 2020.

Les résultats réels plutôt que les annonces

À Doha, le patron de l’AAPI a présenté la réponse algérienne : modernisation du cadre juridique, numérisation des services, simplification des procédures et facilitation de l’accès au foncier économique. Il a rappelé le partage des rôles entre l’AAPI, chargée de la promotion de la destination, du ciblage des investisseurs et du développement des partenariats, et le Guichet unique national, qui traite les procédures et les décisions liées aux projets. Le chantier du Guichet unique numérique, lancé le 11 mai avec deux accords signés avec le Haut-commissariat à la numérisation, notamment pour l’usage du cloud souverain, doit faire de ce guichet l’interlocuteur principal de l’investisseur.
Sur les zones économiques spéciales, M. Rekkache a insisté sur la nécessité de les concevoir comme des écosystèmes productifs intégrés, adossés aux infrastructures, à l’énergie, à la logistique et aux compétences, et liés aux fournisseurs locaux, aux chaînes de valeur et aux marchés internationaux. Leur succès se juge, selon lui, à la sous-traitance locale, au transfert de technologie, à la hausse des exportations et à la diversification de la production. Le dossier est concret en Algérie : la première zone franche commerciale, à Tindouf, doit être réceptionnée en 2026, avant d’autres projets le long des frontières avec la Tunisie, la Libye, le Mali et le Niger, et une entreprise publique doit en assurer la gestion.
La table ronde était coorganisée par la CNUCED, l’Association mondiale des agences de promotion des investissements (WAIPA), l’Alliance mondiale des zones économiques spéciales (GASEZ) et Invest Qatar. Elle s’est tenue dans le cadre de la 9e édition du Forum mondial de l’investissement (25-27 octobre, thème « Investir dans l’avenir »), alors que la CNUCED note que les flux mondiaux d’IDE ont progressé de 6 % en 2025, à environ 1 600 milliards de dollars, mais que plus de 80 % se concentrent sur vingt économies. Les débats ont aussi porté sur les IDE liés à l’intelligence artificielle et sur l’usage de cette technologie pour améliorer les services aux investisseurs.
M. Salah

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