Équipe Nationale: Zizou, un obstacle pour les Verts ?

L’officialisation de Zinédine Zidane à la tête de l’équipe de France, programmée pour ce mardi, ne marquera pas seulement le début d’une nouvelle ère chez les Bleus. Pour la Fédération algérienne de football (FAF), cette nomination risque aussi de compliquer un dossier devenu stratégique : convaincre les meilleurs binationaux franco-algériens de porter le maillot des Verts.

Sous Didier Deschamps, de nombreux jeunes talents ont dû patienter plusieurs saisons avant d’obtenir leur première convocation avec les Bleus.
Cette attente a parfois laissé une fenêtre d’opportunité à l’Algérie, qui a réussi à convaincre des joueurs comme Rayan Aït-Nouri, Amine Gouiri ou Badredine Bouanani. L’arrivée de Zidane pourrait bien changer cette dynamique.
Peu de personnalités possèdent une telle aura dans le football mondial. Champion du monde en 1998, champion d’Europe en 2000 et triple vainqueur consécutif de la Ligue des champions à la tête du Real Madrid, il demeure une véritable icône pour les jeunes générations.
Davide Ancelotti, actuel entraîneur du LOSC, l’a récemment rappelé dans L’Équipe. « C’est quelqu’un de très humble, qui ne parle pas beaucoup, mais toutes les fois qu’il parle, tout le monde l’écoute. Il a beaucoup d’aura, de charisme. Après Deschamps, c’est le meilleur successeur que l’équipe de France pouvait rêver d’avoir », a-t-il confié.

Un pouvoir d’attractivité

Pour un Franco-Algérien, être appelé par une équipe de France dirigée par Zidane représente un argument extrêmement fort. Là où certains choisissaient auparavant l’Algérie faute de perspectives rapides chez les Bleus, beaucoup pourraient désormais préférer patienter.
Le meilleur exemple de cette longue attente est sans doute celui de Rayan Cherki.
Lancé à seulement 16 ans avec l’Olympique Lyonnais en 2019, il s’est imposé très jeune en Ligue 1, mais n’a connu sa première sélection avec les Bleus qu’en juin 2025, à 21 ans, après son transfert à Manchester City.
Cette longue attente a régulièrement alimenté les critiques visant Didier Deschamps.
Plusieurs observateurs lui ont reproché un certain favoritisme dans ses choix ou de traiter différemment certains joueurs selon leur profil.
Les cas de Karim Benzema et de Nabil Fekir ont souvent été cités dans ces discussions. Longtemps écarté des Bleus, Benzema est resté absent près de six ans avant son retour pour l’Euro 2021, tandis que Fekir, champion du monde en 2018, n’a jamais bénéficié d’une continuité en équipe de France malgré son talent.
Avec Zidane, les jeunes les plus prometteurs pourraient être intégrés beaucoup plus rapidement, réduisant ainsi les marges de manœuvre de la FAF.
Cette nouvelle donne concerne directement plusieurs binationaux qui émergent en Ligue 1. À 19 ans, Khalis Merah s’est imposé comme l’une des révélations de l’Olympique Lyonnais avec plus de 1 000 minutes disputées en 22 matches de Ligue 1. Kail Boudache, 20 ans, après avoir découvert l’élite avec l’OGC Nice, vient lui aussi de rejoindre l’OL. Le cas d’Adil Hamdani est tout aussi parlant.
À seulement 17 ans, l’ailier de l’OL, international français U17, est éligible pour la France, l’Algérie et le Sénégal. Alors que les deux fédérations africaines espèrent le convaincre, l’effet Zidane pourrait peser lourd dans sa réflexion et l’inciter à repousser toute décision.

Un défi encore plus grand

Depuis plusieurs années, la FAF multiplie les démarches afin de convaincre les meilleurs binationaux de rejoindre les Verts le plus tôt possible. Cette stratégie a porté ses fruits avec plusieurs joueurs, mais elle pourrait devenir beaucoup plus difficile à mettre en œuvre.
L’effet Zidane dépasse largement le simple aspect sportif. Son arrivée redonne un nouvel élan à la sélection française et renforce encore son attractivité.
Face à cette nouvelle réalité, la FAF devra certes poursuivre son travail de proximité auprès des binationaux, mais elle devra surtout s’attaquer à un défi bien plus profond : réduire progressivement la dépendance de la sélection nationale envers les joueurs formés à l’étranger. Cela passe avant tout par une véritable révolution de la formation en Algérie et par l’amélioration de l’environnement offert aux jeunes talents.Mais cette responsabilité ne repose pas uniquement sur la Fédération. Les clubs professionnels ont, eux aussi, un rôle déterminant à jouer. Pour franchir un cap, ils devront évoluer vers un modèle plus moderne, plus structuré et plus autonome.
Un club ne doit plus seulement rechercher des résultats immédiats ; il doit devenir une véritable institution de formation, capable de faire émerger des talents, de les valoriser, puis de les transférer afin de réinvestir ces ressources dans son propre développement.
Les plus grandes nations du football bâtissent leur succès sur un écosystème performant où la fédération et les clubs avancent dans la même direction. Car avec Zizou sur le banc des Bleus, la bataille des binationaux s’annonce plus difficile que jamais. Plus que de chercher à gagner chaque dossier, l’Algérie doit construire un modèle capable de produire ses propres talents en quantité.
Un chantier qui demandera du temps, mais dont les bénéfices seront durables pour assurer l’avenir de la sélection.
Djamel Hamdan

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