Essais nucléaires dans le Sud : Alger nettoie, Paris reste muet

Dix-sept explosions nucléaires entre 1960 et 1966, et toujours aucune carte complète des déchets enfouis dans le sable : c’est pour y remédier seule que l’Algérie a lancé, hier dimanche, la deuxième opération d’assainissement du site E2 Béryl, à In Ekker, dans la wilaya de Tamanrasset (6e Région militaire), à l’occasion du 72e anniversaire du déclenchement de la Révolution, avec des moyens humains et matériels exclusivement nationaux.
Dans son communiqué, le Ministère de la Défense Nationale (MDN) a précisé que l’opération se déroule sous sa supervision et en coordination avec l’Agence nationale de réhabilitation des anciens sites d’essais et d’explosions nucléaires français dans le Sud algérien, conformément aux normes nationales et internationales.
La même source a, par ailleurs, dénoncé le refus de la France d’assumer ses responsabilités pénales et de fournir les documents et cartographies des sites d’enfouissement. Ces déchets, selon le MDN, continuent de freiner le développement d’In Ekker et de Reggane (Adrar). Les compétences nationales se disent « déterminées » à assainir totalement les sites. L’opération, qualifiée de «compliquée », prévoit l’identification des zones radioactives, la collecte des déchets et leur stockage dans des conteneurs en béton, dans le respect des protocoles internationaux.
Cette seconde phase fait suite à une première opération, annoncée en février 2026 à l’occasion du 66e anniversaire du premier essai français. Elle avait été présentée dans un documentaire de la direction de l’information et de la communication du MDN, qui évoquait un camp de décontamination partielle installé à Taourirt Tan Afella, près d’In Ekker, conçu comme modèle pour une réhabilitation globale des autres sites.
Pour comprendre l’enjeu, il faut revenir à Béryl. Le 1er mai 1962, lors du deuxième essai souterrain français à In Ekker, la galerie de tir n’a pas retenu l’explosion et un panache radioactif s’est échappé au sommet du massif.
Un crime imprescriptible
Deux ministres français, Pierre Messmer (Armées) et Gaston Palewski (Recherche scientifique), assistaient au tir. Neuf militaires ont été fortement contaminés. Béryl n’a pas été le seul tir mal confiné : Améthyste (1963), Rubis (1963) et Jade (1965) ont eux aussi connu des fuites.
L’ensemble du programme comprend quatre tirs aériens à Reggane, dont Gerboise bleue, 70 kilotonnes, le 13 février 1960, puis treize tirs souterrains à In Ekker jusqu’en février 1966. Les accords d’Évian avaient laissé à l’armée française l’usage de ces sites pendant cinq ans après l’indépendance. Elle les a définitivement évacués en 1967.
Côté français, la position officielle rappelle que les installations ont été démantelées et les sites rétrocédés aux autorités algériennes, qu’une mission de l’AIEA a évalué leur situation radiologique en 1999 à la demande d’Alger, et qu’un groupe de travail franco-algérien existe depuis 2008. Une étude d’ONG françaises publiée en 2020 a pourtant dressé le premier inventaire des déchets laissés sur place, en partie enfouis dans le sable.
Alger a durci le ton et structuré sa réponse : l’Agence nationale de réhabilitation a été créée par le décret exécutif n° 21-243 du 31 mai 2021. Le président Abdelmadjid Tebboune a exigé à plusieurs reprises que la France vienne « nettoyer » les sites et remette les archives, notamment en octobre puis en décembre 2024. Faute de réponse, l’Algérie a choisi d’avancer seule.
Pour rappel, l’Algérie commémore, chaque 13 février, l’anniversaire des explosions nucléaires françaises en Algérie, des actes constituant un crime contre l’humanité, imprescriptible, qui demeure une plaie béante dans la mémoire collective de l’Etat français.
L’histoire retiendra que la France, en quête d’accession au rang des puissances nucléaires mondiales, n’a pas hésité à commettre en Algérie des crimes abjects contre l’humanité, disséminant sur son passage une contamination radioactive massive issue de ces explosions, dont les populations locales subissent encore les graves séquelles, dont des cancers, malformations congénitales et génétiques, ainsi que des troubles endocriniens ayant entraîné une propagation de la stérilité dans la région. G. Salima
