Homme de théâtre, journaliste…: Sid-Ahmed Sahla, une voix s’éteint

Le dramaturge et journaliste Sid-Ahmed Sahla a été inhumé hier au cimetière Sidi Mhamed Chérif de Mascara, à l’âge de 74 ans. Avec sa disparition, le monde culturel et journalistique algérien perd une figure singulière, dont le parcours s’est construit à la croisée du journalisme, du théâtre, de la langue populaire et de la poésie.

Journaliste à La Voix de l’Oranie, Sid-Ahmed Sahla avait consacré une grande partie de sa vie à l’écriture et à la défense d’une expression théâtrale profondément enracinée dans la réalité algérienne. Dramaturge prolifique, il a signé plusieurs pièces qui ont contribué à donner au théâtre dialectal une place particulière dans le paysage culturel national.
Son travail dépassait toutefois la simple écriture théâtrale. Il s’était particulièrement intéressé à la langue algérienne, à ses expressions, à ses sonorités et à cette richesse populaire qui constitue, selon lui, une matière littéraire à part entière. La poésie occupait également une place importante dans son univers artistique, notamment à travers son travail autour de la poésie populaire et du melhoun, patrimoine oral majeur de la culture algérienne.Son parcours d’homme de théâtre a été marqué par une volonté constante de faire du spectacle vivant un espace de mémoire, de réflexion et de témoignage. Ses textes puisent dans l’histoire récente de l’Algérie, dans ses blessures, mais aussi dans la capacité de ses populations à résister et à continuer de vivre.
Sa dernière pièce, « Dik Lila », mise en scène par Mohamed Frimahdi, s’inscrit précisément dans cette démarche. L’œuvre revient sur la décennie noire, période tragique qui a profondément marqué la société algérienne. À travers le théâtre, Sid-Ahmed Sahla a choisi de faire revivre une mémoire douloureuse, sans détourner le regard des violences et des traumatismes qui ont traversé le pays.
Cette thématique n’était pas étrangère à son propre parcours.
Durant les années du terrorisme, Sid-Ahmed Sahla avait continué à écrire et à exercer son métier de journaliste dans un contexte où la plume pouvait devenir un acte de courage. Mais il fut aussi, selon ses proches et ceux qui l’ont connu durant cette période, un patriote engagé dans la lutte contre le terrorisme, notamment dans la région de Zahana, où il a vécu cette période au plus près de la réalité du terrain.
Chez lui, la plume et l’engagement ne semblaient donc jamais s’exclure. Le journaliste témoignait, le dramaturge questionnait et l’homme s’engageait. Trois dimensions d’une même personnalité, profondément attachée à son pays et à sa culture.
Sid-Ahmed Sahla laisse derrière lui une œuvre qui mérite désormais d’être redécouverte et documentée. Ses pièces, ses écrits sur la langue algérienne, son travail autour de la poésie populaire et ses témoignages sur une décennie qui a bouleversé l’Algérie constituent autant de fragments d’une mémoire collective.
Son dernier rideau est tombé à Mascara. Mais sa voix, portée par le théâtre, le journalisme et la langue du peuple, continuera de résonner dans ceux qui l’ont connu et dans les générations qui découvriront son œuvre.
Khaled. B

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