La série noire se poursuit : Quatre ados noyés dans un bassin à Sétif

 

Quatre corps d’adolescents âgés de 14 à 16 ans repêchés en une seule intervention : c’est le bilan tragique communiqué par la Protection civile après une opération de recherche menée, lundi 3 août, à 15h42 dans un bassin artificiel destiné à l’aquaculture, long de 60 mètres et profond de 15 à 20 mètres, situé au lieu-dit douar Ramada, dans la commune d’Aïn El Hadjar, daïra d’Aïn Azel, wilaya de Sétif. Après l’accomplissement des procédures légales, les dépouilles ont été déposées à la morgue de l’hôpital local et une enquête a été ouverte pour connaître les circonstances de cette tragédie.

Ce drame vient allonger un bilan estival déjà lourd. Du 26 juillet au 1er août, 19 morts par noyade ont été enregistrés sur les plages alors que trois décès ont été comptabilisés dans des retenues d’eau. Par ailleurs, et depuis le 1er juin, date du lancement officiel de la saison, les services de la Protection civile ont enregistré 127 décès par noyade à l’échelle nationale, dont 86 sur les plages et 41 dans des plans d’eau de différentes natures tels que les barrages, les oueds, les retenues d’eau et les mares. Sur les décès survenus en mer, 46 ont eu lieu sur des plages interdites à la baignade tandis que 40 ont été recensés sur des plages autorisées. Un précédent bilan, portant sur une période plus courte, faisait déjà état de 40 décès par noyade enregistrés depuis le 21 avril dans les retenues d’eau et les plans d’eau, les victimes étant majoritairement des enfants et des adolescents, selon les précisions données par le capitaine Zoheir Ben Amzal, chef du bureau de l’information et de la sensibilisation à la Direction générale de la Protection civile. Un peu plus tôt dans la saison, entre début avril et mi-mai, 30 décès par noyade avaient déjà été recensés dans des plans d’eau, des barrages et des bassins agricoles, la plupart de ces espaces n’étant pas surveillés et se transformant en lieux de baignade improvisés dans plusieurs wilayas de l’intérieur du pays.
Le phénomène n’est pas propre à cette saison. Le ministère des Ressources en eau évalue à une moyenne de 20 morts par an le nombre de décès par noyade dans les réserves d’eau du pays, qui compte au total 81 barrages et 600 retenues collinaires, et 160 décès ont été recensés à ce titre au cours des huit dernières années. Les responsables de l’Agence nationale des barrages et des transferts (ANBT) insistent régulièrement sur la dangerosité spécifique de ces plans d’eau par rapport au littoral : le fond des barrages est vaseux et les enlisements y sont fréquents dès que l’on y pose pied, tandis que le faible mouvement des eaux expose davantage les baigneurs aux chocs thermiques après une exposition au soleil.

Pièges mortels

L’ANBT rappelle également que ces plans d’eau ne bénéficient pas de postes de surveillance de la Protection civile, contrairement aux plages autorisées.
Face à cette récurrence, les campagnes de sensibilisation se multiplient chaque année sans parvenir à endiguer le phénomène. En mai dernier, l’ANBT a lancé, à partir du barrage de Tilesdit à Bechloul, dans l’est de Bouira, la douzième édition d’une campagne nationale de sensibilisation sous le slogan « Ta vie est précieuse, ne la risque pas en nageant dans les eaux du barrage ». Son directeur général, Abdelatif Azira, avait alors rappelé que plus de 150 personnes étaient décédées durant les onze dernières années suite à des baignades dans les eaux des barrages à travers le pays, citant notamment le décès de deux adolescents de 13 et 18 ans survenu le 22 avril, l’un dans les eaux du barrage d’Ouled Mellouk à Aïn Defla, l’autre dans celles du barrage de Farfar à Relizane. Il avait qualifié la baignade dans les barrages de « suicide », appelant à une mobilisation générale pour protéger la vie des enfants. Des campagnes similaires avaient déjà été menées par le passé par l’ANBT dans plusieurs wilayas, comme à Béjaïa, où des équipes s’étaient rendues directement au bord des barrages pour sensibiliser les vacanciers présents sur place, à l’image de l’opération de proximité conduite au barrage de Tichy-Haf, dans la commune de Bouhamza.
En mai dernier, le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports avait lancé un appel pressant aux parents afin de renforcer la surveillance des enfants dans les zones aquatiques, particulièrement durant la saison estivale. Dans son communiqué, le ministère avait insisté sur la nécessité d’un accompagnement permanent des enfants lorsqu’ils se trouvent à proximité de barrages, oueds ou bassins d’irrigation, des espaces considérés comme dangereux en raison de leur profondeur et de la difficulté à évaluer les risques.
Malgré cette mobilisation récurrente des pouvoirs publics, associations et services de secours, le constat dressé année après année reste le même : malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation menées chaque été pour inciter les estivants à respecter les consignes de sécurité et les horaires de baignade, le non-respect des règles élémentaires continue de coûter des vies au plus fort de la saison estivale, les jeunes des régions éloignées du littoral se rabattant le plus souvent, faute d’accès à la mer, sur les barrages, les retenues collinaires, les oueds ou les mares d’eau. Le drame de Sétif, survenu dans un bassin d’aquaculture qui n’était ni surveillé ni destiné à la baignade, illustre une nouvelle fois cette vulnérabilité particulière des plans d’eau intérieurs, loin des dispositifs de surveillance déployés sur le littoral.
T. Feriel

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