Mercuriale: L’Aïd, une fête au prix fort
Comme chaque année, l’approche de l’Aïd annonce des jours de fête, de retrouvailles et de traditions. Cependant, derrière l’enthousiasme, une réalité économique pèse sur les ménages oranais : la hausse significative des prix. Vêtements, gâteaux, parfums, tout semble avoir subi une inflation qui transforme la célébration en casse-tête financier.
Dans les pâtisseries, les vitrines débordent de makrouts dorés, de cornes de gazelle raffinées et de baklawas brillantes de miel. Pourtant, nombreux sont ceux qui se contentent de regarder. «On dirait que le sucre et les amandes sont devenus des métaux précieux !» s’exclame une mère de famille, calculant mentalement ce que son budget lui permet d’acheter. «L’an dernier, c’était cher, mais là, c’est indécent». Face aux prix affichés, certains optent pour le fait maison, malgré le coût élevé des ingrédients. En effet, les cacahuètes sont passées de 350 DA à plus de 550 DA le kilo, la farine de 50 à 90 DA le kilo, et une boîte de beurre végétal de 500 g coûte au minimum 220 DA.
Du côté des boutiques de vêtements, la même désillusion règne. Habiller les enfants pour l’Aïd relève aujourd’hui du défi. « Avant, avec 10.000 dinars, on achetait une tenue complète et une paire de chaussures. Aujourd’hui, c’est à peine suffisant pour un pantalon », déplore un père de famille devant une file d’attente à la caisse. Les ensembles pour fillettes oscillent entre 4.500 et 6.500 dinars. Les commerçants, eux, se défendent : « Nous aussi, on subit la hausse des coûts. Les importations sont chères, les charges augmentent… Nous ne faisons que répercuter».
Dans les marchés populaires comme celui de M’dina J’dida, les discussions s’animent autour de cette flambée des prix. «On veut fêter dignement l’Aïd, mais à ce rythme, il faudrait un prêt bancaire pour acheter quelques gâteaux et une robe à sa fille», plaisante, amer, un retraité venu faire ses emplettes. Certains préfèrent se tourner vers l’occasion ou les magasins de friperie, là où les prix restent encore accessibles.
Pourtant, malgré la frustration, l’ambiance de fête finit toujours par prendre le dessus. Les rues s’illuminent, l’odeur du henné se mêle à celle du café, et les enfants comptent les heures avant de revêtir leurs habits neufs. Car au-delà des chiffres et des calculs, l’Aïd reste avant tout un moment de partage, où, coûte que coûte, l’essentiel n’est pas dans ce que l’on achète, mais dans la joie que l’on partage.
O.A Nadir
