Approvisionnement en eau potable : Des explications et de bonnes affaires

Le wali d’Oran, Said Sayoud a réuni en fin de la semaine dernière son exécutif et la société civile pour mettre les choses au clair et revoir la distribution de l’eau potable dans la deuxième ville du pays.
« Tout le monde sait qu’il y a eu dernièrement des difficultés et des problèmes dans la distribution de l’eau pour la population. La première cause de cette situation est le recul de la pluviométrie dans l’Ouest du pays, ce qui a engendré une baisse du niveau des barrages ainsi que celui de l’apport quotidien du MAO d’un volume estimé à 150.000 m3 « , a-t-il précisé. Il a ajouté que « la deuxième problématique est liée à la situation météorologique dans l’Ouest du pays caractérisée dernièrement par des vents et de la pluie, ce qui a entraîné une baisse de production de la station de dessalement d’El Mactaa et pratiquement l’arrêt de la station de Chatt El Hilal à Ain Témouchent. Le tremblement de terre qui a frappé, il y a quelques semaines, la wilaya de Mascara a engendré des dégâts dans la station d’El Mactaa. Sa maintenance a entraîné cinq jours d’arrêt de la station ».
Lors de cette réunion, le directeur de la Société de l’eau et de l’assainissement d’Oran (SEOR), Oussama Helaili, a présenté un exposé sur la situation de la distribution de l’eau potable à Oran. A ce propos, il a signalé que la capacité des barrages à l’Ouest et à l’Est de la wilaya n’a pas enregistré de grande amélioration, la capacité actuelle serait de 20 millions de m3 alors qu’Oran nécessite une réserve d’au moins 50 millions de m3 pour faire face à la demande en eau potable jusqu’à la prochaine saison estivale. « Nous avons eu récemment un espoir dans les barrages de Cheliff et Kerrada ou les niveaux d’eau étaient au rouge, il n’y a pas si longtemps. Actuellement, il y a de nouveaux apports, cependant ils restent insuffisants vu que la capacité globale de ces deux barrages est de 120 millions de m3 », a-t-il expliqué.
Selon les données présentées, le taux actuel de remplissage des barrages qui ceinturent Oran est de 21% seulement ; en novembre 2023, il était de 19%. Auparavant, les quantités disponibles permettaient, selon le directeur de la SEOR, de faire face aux pannes des stations de dessalement, comme ce fut le cas du cratère de Dzioua à Ain Temouchent, d’une capacité de 12 millions de m3, et qui est alimenté par Oued Tafna. Aujourd’hui, il se trouve pratiquement à sec. Ces niveaux ne permettent pas de compenser les pannes de la station de dessalement de Chatt El Hilal. Notons qu’en temps normal, Oran nécessite un demi-million de m3 par jour, dont plus de la moitié alimentée par les eaux dessalées provenant de la station d’El Mactaa.
Un février pénible
M. Helaili a rappelé les faits marquants entre février et mars, à cause des arrêts dans les stations de dessalement qui alimentent Oran, ce qui a impacté la production de l’eau potable. Les pannes des stations d’El Mactaa, Kahrama et Chatt El Hilal ont engendré, en février, un déficit de 1.4 million de m3, obligeant les autorités à un approvisionnement journalier de 140.000 m3 seulement. M. Sayoud a qualifié cette période de « situation extrême ».
Pour faire face à cette situation, un plan de compensation a été mis en place selon les données techniques actuelles afin d’atteindre une sorte d’équilibre entre les différentes régions d’Oran. Selon le directeur de la SEOR, 25.000 m3 sont débitées de l’Est de la wilaya pour ensuite être versée vers le pôle Ahmed Zabana et Mers El Kebir. 6.000 m3 sont aussi débitées du quota du Centre-ville vers haï Bouamma et une partie du pôle Zabana. Une autre quantité de 20000 m3/ jour provenant de Béni Saf est versée vers le pôle Zabana et la commune de Mers El Kebir. Dans le cadre de la compensation entre les zones, 10.000 m3 provenant des communes de Misserghine et Boutellis sont orientées vers Ain El Turck et la partie ouest de la ville d’Oran. Le système de balancement entre les zones ne permet pas une quantité supérieure à 85.000 m3. Certains systèmes déconnectés ne peuvent être compensés comme ce fut le cas pour la région de Tafraoui.
Les cinq actions de compensation réalisables techniquement sont possibles uniquement en cas de production d’eau potable suffisante par les trois stations de dessalement qui alimentent Oran. Le wali d’Oran a instruit le directeur de la SEOR à communiquer ces données aux citoyens et à la société civile. Le problème d’eau à Oran, selon le chef de l’Exécutif, n’est pas dû à l’alimentation mais à la ressource, d’où l’importance de la finalisation des travaux de la future station de dessalement de Cap Blanc.
Cap Blanc … l’ultime solution
Jeudi dernier, le wali d’Oran s’est rendu sur le chantier du projet de la station de dessalement de Cap Blanc où il s’est montré rassuré du taux d’avancement des travaux de réalisation. La bonne nouvelle, c’est l’arrivée graduelle des équipements de cette future station qui ont été commandés de l’étranger. M. Sayoud s’est dit optimiste de voir la mise en service de cette station de dessalement avant la fin de l’année en cours. En parallèle, un réseau en aval de 50 km de conduites est en cours de réalisation, du côté de Boutellis, où les travaux ont atteint 70% d’avancement et 55% pour la région d’Ain El Turck. « D’ici la fin mai, les travaux de ce réseau en aval seront finalisés »a-t-il promis.
A propos du taux d’avancement global du projet de la station, les travaux de génie civil dépassent les 70%. Pour les équipements, l’opération d’installation s’effectue au fur et à mesure de leur réception. L’installation de conduites en fibre de verre, importées de Chine, a déjà commencé.
Les citernes comme seule alternative
Pour faire face aux perturbations de l’approvisionnement en eau potable, les citoyens n’ont pas d’autres solutions que d’équiper leurs maisons en réservoirs. Ainsi, le commerce de ces citernes en plastique est florissant à Oran et la plupart des quincailleries les exposent devant leurs magasins. Pourtant, il ne suffit pas uniquement d’acheter une citerne, mais prévoir aussi son installation. Ainsi, les citoyens ont recours aux services de plombiers pour les installer soit à l’intérieur de leurs habitations ou sur les toits des immeubles.
Nous avons remarqué, lors d’une tournée dans quelques magasins, que la capacité des citernes varie entre 500 et 2.000 litres, de forme horizontale pour l’intérieur des maisons et verticale pour les toits. La qualité de la citerne varie selon le nombre des couches de plastique. « Il existe une jusqu’à sept couches pour résister au soleil et assurer la viabilité de la citerne », nous a expliqué un gérant d’une quincaillerie, au quartier de Maraval. Le prix de ces citernes varie de 9.000 à 30.000 DA selon la qualité et l’origine puisqu’elles sont fabriquées soit à Oran, Sétif ou Ghardaïa. Il faut également choisir une pompe pour alimenter la maison en eau. Différentes marques sont proposées à des prix pouvant dépasser les 20.000 DA pour les silencieuses. « C’est selon le nombre des turbines dans la pompe. Dès que le nombre des turbines est bas, elle émet du bruit qui peut importuner les voisins », nous précise-t-on.
La mission ne s’arrête pas là, il faut aussi prévoir des tuyaux, des clapets et un flotteur, et payer un plombier pour l’installation qui ne se déplace pas pour moins de 6.000 DA. « Pour l’installation complète d’une citerne de 1.000 l avec une pompe silencieuse, il faut au minimum compter 40.000 DA », nous explique-t-on. Une fois la citerne installée, il faut rationaliser l’eau pour durer sur la semaine. Cependant, il est difficile de tenir sur cette période puisque la consommation d’eau est tributaire du nombre des membres de la famille et des tâches ménagères à réaliser. Quant aux citoyens qui installent des réservoirs sur les toits, ils n’ont pas besoin de cela car c’est la pression de l’eau et la gravité qui s’en chargent.
Les perturbations d’approvisionnement en eau potable sont également une aubaine pour les colporteurs d’eau qui stationnent notamment à Belgaid, en majorité de citernes tractées par un tracteur. Ces colporteurs travaillent jusqu’à une heure tardive de la nuit et n’arrivent pas, parfois, à satisfaire toutes les demandes à cause des perturbations de l’approvisionnement en eau potable qui perdurent. « Les prix se sont envolés, il faut compter 1500 DA pour le remplissage d’une citerne de 1.000 litres « , a estimé un citoyen.
Hamza. B
