Nouvelle allocation touristique: Un tournant dans la gestion du change et le droit au voyage
Depuis hier, les voyageurs algériens bénéficient d’un nouveau dispositif encadrant l’allocation touristique en devises, suite à l’entrée en vigueur de l’instruction n°05-2025 de la Banque d’Algérie. Ce mécanisme, qui prévoit une augmentation substantielle de l’allocation pour les séjours à l’étranger, marque une étape importante dans la politique monétaire du pays et dans la volonté de moderniser les services aux citoyens.
La délivrance de cette allocation se fera désormais au niveau des succursales de la Banque d’Algérie ainsi que dans les agences de cinq établissements bancaires publics : la Banque Nationale d’Algérie (BNA), la Banque de l’Agriculture et du Développement Rural (BADR), la Caisse Nationale d’Épargne et de Prévoyance (CNEP-Banque), la Banque Extérieure d’Algérie (BEA) et la Banque de Développement Local (BDL).
L’allocation annuelle est fixée à 750 euros pour les adultes (19 ans et plus) et à 300 euros pour les mineurs âgés de 12 à moins de 19 ans. Cette revalorisation intervient en application directe d’une décision du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et vise à faciliter l’accès des citoyens au voyage tout en luttant contre les pratiques informelles liées au marché des devises.
Selon les modalités précisées dans le communiqué de la Banque d’Algérie, la réservation de la devise doit être effectuée au moins trois jours ouvrés avant la date du départ, avec paiement en dinars auprès des agences habilitées. Le séjour à l’étranger doit durer au minimum sept jours. En cas d’annulation ou de retour anticipé, le bénéficiaire est tenu de restituer l’intégralité du montant perçu dans un délai de cinq jours ouvrés.
Cette rigueur administrative vise à limiter les abus et à recentrer l’allocation sur son objectif premier : permettre un usage strictement touristique, conforme aux normes financières internationales.
La mesure a été saluée par plusieurs acteurs économiques. L’économiste Houari Tigharsi souligne l’impact «socio-économique positif» de cette réforme, notamment pour les chercheurs, enseignants et étudiants, qui pourront envisager des déplacements à l’étranger dans de meilleures conditions. Il y voit également une opportunité d’ouverture vers de nouvelles destinations touristiques, jusqu’ici inaccessibles à une grande partie des Algériens.
Les agences de voyages y voient un souffle nouveau
Même son de cloche du côté d’Ishak Kherchi, directeur de l’École supérieure de commerce, qui estime que cette réforme pourrait «renforcer le pouvoir d’achat des voyageurs» et encourager le recours aux circuits bancaires officiels. Pour lui, il s’agit d’un levier stratégique qui «contribuera à stabiliser la monnaie nationale et à rehausser la crédibilité financière de l’Algérie à l’échelle internationale».
Du côté des professionnels du tourisme, cette décision est perçue comme un signal fort de relance. Nadir Belhadj, président du Syndicat national des agences de tourisme et de voyages, qualifie les conditions d’éligibilité -notamment l’obligation de séjour de sept jours- de «logiques et nécessaires». Elles permettraient, selon lui, de décourager les tentatives de détournement de l’allocation vers le marché noir.
Il anticipe un regain d’activité pour les agences, notamment durant la saison estivale, grâce à la confiance restaurée chez les clients et à une meilleure visibilité sur les conditions de voyage.
Pour Fadi Tamim, coordinateur national de l’Association de protection et d’orientation du consommateur (APOCE), cette revalorisation incarne «une démarche respectueuse de la dignité des citoyens algériens à l’étranger». Il salue également le cadre strict imposé par l’instruction 05-2025, garantissant un usage encadré et équitable de cette allocation.
La Banque d’Algérie affirme avoir mobilisé tous les moyens logistiques nécessaires pour garantir la fluidité de l’opération. Des guichets spécialisés seront déployés dans les aéroports, ports et postes frontières afin d’assurer une distribution efficace et sécurisée des devises. L’ensemble du dispositif a été conçu en coordination avec les institutions concernées, dans un esprit de service public renforcé.
R.N
