Réformes de juillet : La marche arrière de Sadaoui

Six semaines. C’est le temps qu’il aura fallu au ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Sadaoui, pour revenir intégralement sur sa propre réforme des horaires et des coefficients de l’enseignement secondaire, annulée dans la nuit du 9 au 10 septembre 2026, à 11 jours seulement de la rentrée scolaire fixée au 21 septembre.

Le ministère a mis en ligne, sur sa page Facebook officielle, une décision portant abrogation de la décision n°20 du 28 juillet 2026, précisant que toutes les publications liées à ce texte sont également annulées et que les dispositions antérieures, issues d’une décision datant de mars 2006, restent seules en vigueur.
Le texte du 28 juillet avait pourtant introduit une réorganisation substantielle du cycle secondaire général et technologique : suppression du français et de la philosophie dans certaines filières technologiques, maintien de l’éducation islamique pour l’ensemble des spécialités, nouveaux volumes horaires, nouveaux coefficients et réaménagement du calendrier scolaire. Selon plusieurs titres de la presse algérienne, la mesure relative à l’introduction de l’anglais au primaire aurait également figuré parmi les dispositions remises en cause ou gelées par ce revirement, sans que le ministère n’ait apporté de clarification officielle sur ce point précis, laissant planer une incertitude sur le dispositif qui s’appliquera concrètement dès la rentrée.
Ce rétropédalage ne doit rien au hasard du calendrier. Il intervient trois jours après le Conseil des ministres du 6 septembre 2026, au cours duquel le président Abdelmadjid Tebboune a explicitement demandé que les changements touchant le secteur de l’Education soient désormais examinés exclusivement en Conseil des ministres, et non plus décidés unilatéralement par le département ministériel concerné. Le chef de l’État a par ailleurs insisté sur la nécessité de tenir l’école « à l’écart de tout courant idéologique et de tout conflit politique stérile », une orientation présidentielle immédiatement reprise par le ministre lui-même.
Devant les directeurs de l’éducation réunis en visioconférence dès le mardi suivant, Mohamed Seghir Sadaoui a en effet souligné « l’extrême importance des orientations données par le président de la République visant à tenir l’école à l’écart de tout courant idéologique et de tout conflit politique stérile, afin que le débat au sein du secteur demeure purement pédagogique ». Il a affirmé que «l’objectif suprême du secteur de l’Education nationale est une école moderne et ouverte, capable de former des générations dotées des connaissances scientifiques nécessaires et d’un esprit ouvert », appelant l’ensemble de la communauté éducative à « éloigner l’école, les espaces éducatifs et l’ensemble des établissements relevant du secteur de l’éducation des querelles politiques et des courants idéologiques » et à protéger les établissements scolaires de l’extrémisme et de la violence idéologique.

Le recadrage de Tebboune

Le ministre a également tenu à défendre le fond de sa réforme initiale, assurant que les matières fondamentales avaient été renforcées dans chaque filière et que la philosophie avait précisément bénéficié d’une hausse de coefficient en classe de terminale au sein de la filière lettres et philosophie, tout en demeurant, selon lui, programmée comme matière clé des apprentissages de base en classe de première pour les autres filières.
Les décisions de juillet avaient en réalité déclenché une controverse rare dans le paysage médiatique algérien, où les débats publics sur les politiques sectorielles restent généralement circonscrits. Des pédagogues et des formations d’opposition avaient dénoncé une réforme perçue comme porteuse d’une coloration idéologique, notamment en raison de la marginalisation de la philosophie dans les filières technologiques couplée au maintien intégral de l’éducation islamique. Le pédagogue Ahmed Tessa avait ainsi critiqué publiquement cette marginalisation, rappelant que, selon lui, « l’éducation religieuse doit se faire dans une mosquée ». C’est précisément ce climat de crispation, mêlant griefs pédagogiques et accusations de dérive idéologique, que la présidence a choisi de désamorcer en reprenant la main sur le dossier.
Au-delà de son contenu strictement réglementaire, l’épisode constitue un désaveu difficile à masquer pour Mohamed Seghir Sadaoui. Le message présidentiel, selon plusieurs analyses parues dans la presse algérienne, était sans ambiguïté : le ministre avait agi seul, sans concertation préalable avec la présidence, et son initiative devait être stoppée net. Qu’une réforme arrêtée le 28 juillet doive être annulée six semaines plus tard, à la veille de la rentrée scolaire, interroge la stabilité du pilotage pédagogique du secteur, alors même que les établissements scolaires s’apprêtent à accueillir les élèves dans un cadre réglementaire dont certains pans demeurent flous, notamment concernant l’enseignement de l’anglais au primaire.
La réunion du 9 septembre avait par ailleurs permis au ministre de fixer d’autres priorités pour la rentrée, au-delà du seul dossier des horaires : rationalisation des effectifs et des dépenses, meilleure exploitation des infrastructures et des ressources humaines, et centralisation systématique auprès du Conseil des ministres de toute proposition de changement touchant un secteur désormais qualifié de « sensible » par les autorités elles-mêmes.

T. Feriel

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