Rym Khelil, écrivaine, à Algérie Presse: « Nous avons tant de belles histoires à raconter »

Entretien réalisé par O.A Nadir

Rym Khelil est une écrivaine franco-algérienne née à Alger en 1983 et ingénieure de formation. Elle est l’autrice du roman « Jeunesse à la fleur », publié aux éditions Barzakh en 2025, ainsi que de «Nour», consacré au parcours du chercheur algérien Noureddine Melikechi, et qui sort à l’occasion du Salon international du livre d’Alger. Dans cet entretien, elle revient sur la transmission, la réussite et l’importance de raconter des histoires inspirantes aux nouvelles générations.

Algérie Presse : À travers le parcours de Noureddine Melikechi, vous racontez bien plus qu’une réussite scientifique. Comment avez-vous réussi à faire ressortir, derrière le chercheur reconnu internationalement, l’enfant qu’il était, ses rêves, ses doutes et les personnes qui ont façonné son destin ?

Rym Khelil : L’un des objectifs fondamentaux de ce récit était la « déconstruction du succès » du Pr Melikechi. Pour y parvenir, il a fallu remonter à sa plus tendre enfance et suivre son parcours jusqu’aux sommets qu’il a atteints aujourd’hui.
La réussite est faite de choix, de décisions et de doutes.
C’est une équation complexe dans laquelle l’abnégation et le travail acharné jouent un rôle majeur.
Il était donc indispensable de comprendre les rêves de l’enfant Noureddine, les étoiles que, petit, il a vu scintiller depuis son balcon à Thenia, la force de son envie, avec la lumière comme fil conducteur.
Cela a nécessité de nombreuses heures d’échanges avec lui, de discussions avec son entourage, ainsi que la visite de lieux qui ont jalonné son parcours : écoles, maisons, universités, lieux de vacances, jusqu’à ses restaurants préférés, de Thénia à Boston, en passant par Sussex et le Delaware.Une immersion progressive dans son univers, jusqu’à donner naissance à Nour, rédigé à la première personne du singulier. Un exercice particulièrement exigeant, mais infiniment gratifiant.

Noureddine Melikechi a quitté l’Algérie pour poursuivre son chemin scientifique jusqu’aux États-Unis, sans que ses origines cessent de faire partie de son histoire. Comment l’expliquer ?

Noureddine Melikechi ne s’est jamais vraiment éloigné de l’Algérie, et celle-ci ne l’a jamais quitté. Sa maison à Thénia, sa famille, ses amis, son pays, ses gens et ses paysages demeurent des ancrages fondamentaux qui ont façonné l’homme qu’il est aujourd’hui. Ils sont sa source et sa ressource.
C’est d’ailleurs pour l’Algérie, et plus particulièrement pour sa jeunesse, qu’il a accepté de partager son histoire à travers « Nour ».

Vous avez choisi de raconter son histoire dans un langage simple et accessible, en mêlant science, mémoire et relations humaines. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre la rigueur d’un parcours scientifique exceptionnel et la dimension intime d’une vie, afin que votre livre puisse toucher aussi bien les passionnés de sciences que les lecteurs qui n’en sont pas familiers ?
Lorsque l’on découvre le personnage de Noureddine Melikechi, la dimension humaine est si prédominante qu’il est quasiment impossible de l’occulter. Il s’agissait alors de peindre le portrait de Noureddine, l’homme humble, profondément humain et qui donne tant, tout en s’efforçant de vulgariser ses grands accomplissements scientifiques
Les expliquer sans en diluer la portée, tout en veillant à rendre le jargon scientifique accessible à tous. Raconter aussi l’intime, pour permettre au lecteur d’entrer dans son univers et de découvrir un homme qui allie avec beaucoup d’élégance l’intelligence du cœur à celle de l’esprit.
Mon double parcours d’ingénieure et d’écrivaine m’a sans doute aidée à tenter de trouver cet équilibre, mais la personnalité du Pr Melikechi a incontestablement été ma plus précieuse alliée.

Vous présentez Noureddine Melikechi comme une figure inspirante pour la jeunesse algérienne. Dans un contexte où beaucoup de jeunes doutent de leurs possibilités ou cherchent leur avenir ailleurs, que peut leur apprendre son parcours sur la persévérance, l’humilité et la nécessité de continuer à croire en ses rêves, même lorsque le chemin semble inaccessible ?
La vocation même de Nour est d’offrir à la jeunesse algérienne une figure de réussite à laquelle elle puisse naturellement s’identifier. Pr Melikechi a fréquenté les écoles publiques de son quartier de Thénia, le lycée Abane Ramdane et l’université de Bab Ezzouar. Il a marché dans les rues d’Alger, a mangé dans les gargotes d’El Harrach et a pris le train à la gare Tafourah. Il s’est baigné à Zemmouri et a couru dans les forêts du Chenoua. Il a grandi au cœur des réalités que tant de jeunes Algériens connaissent.Noureddine Melikechi n’est pas un personnage fictif. C’est un enfant de l’Algérie, comme des milliers d’autres. Un enfant qui a su nourrir la plante de ses rêves par l’effort, la persévérance et la volonté. Nos jeunes doivent connaitre cette histoire pleine d’espoir.

Votre premier roman, Jeunesse à la fleur, et cette biographie témoignent de votre intérêt pour les trajectoires humaines. Qu’a changé ce travail d’écriture dans votre regard sur la réussite, l’exil et les liens avec l’Algérie ? Et quel autre destin, quelle mémoire ou quelle histoire aimeriez-vous aujourd’hui faire découvrir aux lecteurs ?

L’idée de transmission constitue en effet le fil conducteur de mon travail d’écriture. Dans deux genres différents, l’un fictif et l’autre réel, « Jeunesse à la fleur » et « Nour » racontent des parcours de vie et portent un même désir de transmission.
L’écriture de Nour a été un exercice particulièrement exigeant. Tenter d’être à la hauteur d’une histoire aussi riche et inspirante que celle de Noureddine Melikechi n’était pas une mince tâche. J’étais également tenue par un devoir d’authenticité et de fidélité envers son vécu, ses valeurs et sa voix.Paradoxalement, le sens qui se dégage de ce projet a largement dépassé les contraintes qu’il imposait. Ce fut riche et enrichissant. Une immense chance pour moi.
La réussite est universelle, qu’elle soit liée ou pas a une histoire d’exil. Ce qui l’est un peu moins, ce sont les figures de réussite auxquelles les jeunes peuvent réellement s’identifier, et c’est ce que Nour veut offrir à la jeunesse d’Algérie.
Un prochain projet dans le même esprit de transmission serait, peut-être un jour, la publication des mémoires de mon père : l’artiste photographe Abdeslam Khelil, ou bien celle d’une autre réussite, quel que soit le domaine. Nous avons tant de belles histoires à raconter.

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