Salaires, contractuels, harcèlement…: Les priorités de l’UGTA

Certains travailleurs restent sous contrat pendant dix, quinze, voire trente ans sur des postes qui répondent à des besoins permanents. C’est l’une des situations que le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), Amar Takdjout, a dénoncées sur les ondes de la Radio nationale.

« Quand on maintient un travailleur 10 ans, 15 ans, c’est un poste permanent et on ne se raconte pas d’histoire », a-t-il lancé. Il demande que les partenaires sociaux examinent les voies d’insertion de ces salariés dans des emplois stables, et que soient respectées les indemnisations dues en cas de rupture de contrat, y compris pour « motif économique ». Le syndicaliste plaide pour « un meilleur équilibre entre les exigences de fonctionnement des entreprises et la protection des travailleurs ».
Cette prise de parole intervient alors que le Conseil des ministres du 4 octobre 2026 a adopté le projet de loi de finances 2027 et ordonné d’y inscrire les augmentations de salaires. Le président Abdelmadjid Tebboune s’est engagé à parachever la hausse de 53 % des salaires. Le salaire national minimum garanti (SNMG) est déjà passé de 20 000 à 24 000 dinars en janvier 2026. Le responsable syndical rappelle que des augmentations ont été décidées pour 2025 et 2026 et que le chef de l’État s’est engagé sur une nouvelle hausse en 2027. Elle doit, selon lui, concerner aussi bien les administrations que les entreprises économiques. Il souhaite que le privé soit pleinement concerné, car les hausses ont été appliquées de manière inégale selon les secteurs et les capacités financières des entreprises. Certaines ont consenti des efforts significatifs, d’autres peinent davantage.
Amar Takdjout estime toutefois que la question dépasse le seul cadre salarial. Il appelle à mieux maîtriser l’inflation et la spéculation pour que la hausse des salaires préserve durablement le pouvoir d’achat des ménages. Il propose pour cela des assises sur l’inflation et la spéculation, réunissant syndicats, partis, associations et acteurs économiques. « Les organisations politiques, sociales, syndicales qui ne produisent pas d’idées, qui ne font pas de propositions, ce sont des organisations qui sont mortes », a-t-il déclaré. Il préconise aussi de mieux organiser les circuits de commercialisation, notamment ceux des produits agricoles. Cela passerait par une meilleure identification des commerçants et des opérateurs, ainsi que par leur adhésion effective aux structures professionnelles et aux chambres de commerce.

Haro sur la spéculation

Sur le plan du dialogue social, le patron de la centrale se dit favorable à la reprise des rencontres avec les organisations patronales, afin d’examiner les difficultés des entreprises, d’anticiper les tensions et de chercher des solutions concertées. « Nous sommes disposés à discuter avec nos partenaires », a-t-il affirmé, estimant que la préservation du caractère social de l’État suppose l’implication de tous les acteurs.
Le volet législatif constitue un autre chantier. L’UGTA a élaboré des propositions d’amendement aux deux textes promulgués en 2023 : la loi du 25 avril 2023 sur l’exercice du droit syndical et celle du 21 juin 2023 sur la prévention et le règlement des conflits collectifs de travail et l’exercice du droit de grève. Une commission interne a travaillé sur ces questions, et les propositions sont parvenues au ministère du Travail il y a six à sept mois, selon Amar Takdjout. Elles portent sur les relations de travail, le droit syndical et la situation des travailleurs indépendants. Le secrétaire général souhaite ouvrir la discussion avec le ministère et le patronat sur les ajustements possibles.
Les travailleurs indépendants figurent d’ailleurs parmi ses préoccupations, car leurs difficultés avaient été particulièrement visibles durant la crise sanitaire. Il plaide pour étendre la représentation syndicale aux catégories insuffisamment organisées : retraités, salariés précaires et indépendants, dont les chauffeurs de taxi, les camionneurs, les coiffeurs et les plombiers. « La force d’une société, c’est son organisation », a-t-il expliqué, jugeant que ces professions doivent disposer de cadres représentatifs pour défendre leurs intérêts et participer à la concertation permanente.
Le dernier dossier mis en avant est la santé psychologique au travail. L’UGTA mène avec des organisations internationales des actions de sensibilisation, des séminaires et des conférences sur la violence morale et le harcèlement. Souffrance psychologique, burn-out et harcèlement touchent différentes catégories de salariés, y compris des cadres, observe Amar Takdjout. Il souhaite disposer de données plus précises auprès de la Sécurité sociale et de la médecine du travail. La prévention, insiste-t-il, doit mobiliser tous les acteurs de l’entreprise, à commencer par les dirigeants, responsables de la santé et de la sécurité des salariés. « Quand on rentre dans l’entreprise, on est censé être préservé. C’est la loi », a-t-il rappelé.
G. Salima

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