Solidarité nationale : Halte à la collecte anarchique des médicaments

Certaines associations dans la wilaya de Mascara ou dans le reste du pays se permettent de faire la collecte de produits médicaux indisponibles sur le marché national pour les offrir ensuite à des malades dans le besoin. Si l’intention part d’un sentiment noble, celui de la solidarité, la réalité technique et sanitaire pose cependant un risque majeur. Le médicament n’est pas un produit ordinaire, c’est un produit de santé strict qui obéit à des règles de conservation rigoureuses avec risques et enjeux liés à ces pratiques de stockage inadéquates.

« Il y a ce qu’on appelle la sensibilité thermique », explique Dr Abdelmadjid, « beaucoup de médicaments (comme l’insuline, certains sirops ou collyres) doivent être conservés au frais (entre +2°C et +8°C). D’autres ne doivent pas dépasser 25°C ou 30°C. Un stockage dans un local trop chaud, humide ou exposé à la lumière directe du soleil peut dégrader les principes actifs », ajoute-t-il.
« Un comprimé ou une gélule peut garder une apparence parfaitement normale alors que sa molécule active s’est dégradée, le rendant inefficace (ce qui est dramatique pour des pathologies chroniques comme l’hypertension ou le diabète) ou, dans certains cas rares, toxique », déclare pour sa part Dr Fadila.
Côté administration et sécuritaire, on note l’absence de traçabilité du produit. La chaîne d’approvisionnement, contrairement au circuit officiel (pharmacies, hôpitaux), les dons de particuliers à associations rompent la chaîne de traçabilité. On ignore comment le médicament a été conservé « avant » d’arriver à l’association. En cas de retrait de lot par les autorités sanitaires (pour cause de défaut de fabrication), il est presque impossible pour une association informelle de retrouver quels patients ont reçu les boîtes concernées.
Dans la plupart des législations, la distribution de médicaments est une activité réglementée qui nécessite la présence ou la supervision d’un pharmacien. Il est le seul habilité à vérifier l’intégrité du conditionnement, la date de péremption, et à délivrer le bon conseil d’utilisation. « Donner un médicament sans ordonnance ou sans contrôle médical peut mener à des erreurs de posologie, des interactions médicamenteuses dangereuses ou des contre-indications majeures », dit Mme Aicha, pharmacienne.
Quelles solutions, alors, pour concilier solidarité et sécurité ? Pour que l’aide ne devienne pas un danger, plusieurs pistes existent. Le parrainage de prescriptions, plutôt que de collecter des boîtes entamées ou mal conservées, certaines associations préfèrent collecter des fonds pour acheter des médicaments neufs directement en pharmacie, sur présentation d’une ordonnance médicale destinée à un patient nécessiteux.

Autorisations préalables

La collecte de fonds sans autorisation est interdite. Si collecte il y a, elle doit se faire en partenariat étroit avec des pharmaciens bénévoles et dans des locaux respectant les normes de santé publiques (climatisation, abri de la lumière, armoires sécurisées). La générosité ne doit jamais s’exercer au détriment de la sécurité sanitaire des plus vulnérables. En effet, lorsque des actions de solidarité, aussi nobles soient leurs intentions initiales, se déroulent en dehors du cadre réglementaire, elles posent de sérieux problèmes qui dépassent la simple bureaucratie. C’est une question de crédibilité des institutions et de sécurité publique. Cette anarchie dans les collectes peut effectivement être perçue comme une atteinte à la dignité et aux prérogatives de l’État. L’État dispose de ses propres mécanismes et structures officiels (comme les directions de l’action sociale – DAS, ou les associations agréées) pour recenser, organiser et distribuer les aides de manière équitable. Contourner ces circuits donne l’impression fausse d’une carence totale des institutions publiques, ce qui affaiblit l’autorité et l’image de l’État. L’État, garant de la santé publique, ne peut tolérer des circuits parallèles de distribution de remèdes. La distribution sauvage, parfois théâtralisée ou médiatisée sur les réseaux sociaux pour valoriser l’association, porte atteinte à la dignité des familles démunies. La réglementation impose des protocoles discrets et structurés pour que l’aide humanitaire ne se transforme pas en spectacle ou en outil d’influence.
Sans contrôle réglementaire, il est impossible de vérifier la traçabilité des dons. Rien ne garantit que les produits collectés arrivent aux véritables nécessiteux, ouvrant la porte au détournement de marchandises ou à l’utilisation de ces réseaux à des fins d’enrichissement personnel ou de financement d’activités suspectes.
La solidarité est une force formidable, mais pour qu’elle soit efficace et respectueuse, elle doit impérativement s’inscrire dans la loi. L’État ne cherche pas à étouffer la générosité, mais à la canaliser pour protéger ses citoyens et réaffirmer que la protection sociale reste, avant tout, une mission régalienne.
Les associations doivent comprendre que le respect des procédures n’est pas un frein, mais un gage de crédibilité et de respect envers la nation.
B. Zouheir

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