Objectif à moyen terme: L’Algérie, un hub pharmaceutique en Afrique

L’Algérie a émergé, ces dernières années, comme un acteur notable dans le secteur pharmaceutique africain, cherchant à répondre à la demande continentale croissante en médicaments.
Avec une population africaine en expansion et des défis sanitaires persistants, les exportations algériennes de produits pharmaceutiques représentent une opportunité stratégique, tant pour diversifier l’économie locale que pour renforcer son intégration régionale.
L’Algérie dispose à cet effet d’un potentiel significatif pour devenir un hub pharmaceutique en Afrique. Pour atteindre cet objectif, le plan gouvernemental 2023-2027 vise à tripler la production locale et à exporter 30 % vers l’Afrique. Aussi, le renforcement de l’accès des producteurs algériens de produits pharmaceutiques et de fournitures médicales aux marchés africains a été au centre d’une réunion tenue, hier, entre le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Wassim Kouidri, et la secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères, Chargée des Affaires africaines, Mme Selma Bakhta Mansouri.
Lors de cette rencontre qui s’est tenue au siège du ministère de l’Industrie pharmaceutique, M. Kouidri a mis l’accent sur les efforts de son secteur visant à contribuer à rehausser la valeur des exportations algériennes hors hydrocarbures, compte tenu de « la qualité des produits pharmaceutiques algériens et de la demande croissante à leur égard », notant que « de nombreux opérateurs, publics et privés, exportent leurs produits de médicaments et de fournitures médicales vers plusieurs pays africains », a indiqué un communiqué de son département. De son côté, Mme Mansouri a salué cette initiative, soulignant « l’importance de la forte participation des opérateurs algériens aux différents salons et manifestations économiques organisés par les pays africains, pour promouvoir la qualité du produit algérien et prospecter les marchés étrangers », a poursuivit la même source.
Dans un contexte de transition économique post-hydrocarbures, le secteur pharmaceutique incarne une voie prometteuse pour l’Algérie, tout en contribuant à l’autonomie sanitaire de l’Afrique. Traditionnellement dépendante des importations de médicaments, l’Algérie a développé, ces dernières années, une industrie locale robuste, représentant environ 70 % de la consommation nationale. Le groupe public Saidal, leader du secteur, ainsi que des entreprises privées, produisent des génériques, des antibiotiques, et depuis la pandémie, des vaccins (y compris le Spoutnik V et le Sinovac sous licence).
Des atouts et des défis
Les exportations, bien que modestes (estimées à environ 50 millions de dollars en 2022), ciblent principalement les pays voisins (Mali, Niger, Tunisie) et l’Afrique subsaharienne francophone (Sénégal, Côte d’Ivoire). L’Algérie dispose de plusieurs atouts. Il y a d’abord la proximité géographique qui a comme avantage la réduction des coûts logistiques et des délais par rapport aux concurrents asiatiques. Ensuite la qualité des produits algériens avec des normes alignées sur les standards internationaux (OMS), renforce la confiance. Enfin, la zone de libre-échange continentale africaine, opérationnelle depuis 2021, offre un cadre pour réduire les barrières douanières. Il faut dire que la filière de l’exportation des médicaments et du consommable médical fait aussi face à des défis à surmonter. Le premier facteur est la concurrence. Les médicaments indiens et chinois, souvent moins chers, dominent le marché. Un autre facteur porte sur les procédures d’homologation variables entre pays ralentissant les ventes. De plus, la production algérienne reste centrée sur les génériques, avec peu de brevets. Il y a aussi la nécessité d’améliorer les réseaux de transport intra-africains. Des incitations fiscales et des partenariats public-privé sont prévus. Une harmonisation réglementaire accrue pourrait simplifier l’accès à des marchés comme le Nigeria ou l’Afrique du Sud. Le secteur est aussi confronté à la nécessité de consentir des investissements massifs dans la biotechnologie et les vaccins, avec l’impératif des partenariats internationaux visant le captage du transfert de technologie. Le succès des entreprises algériennes à l’export dépendra de sa capacité à innover, à négocier des accords commerciaux avantageux, et à s’adapter aux besoins diversifiés des marchés africains. L’Algérie positionne son secteur pharmaceutique comme un pilier de la sécurité sanitaire continentale, notamment via des dons de médicaments lors de crises.
G. Salima
