Soudan du sud : L’appel au dialogue de Tebboune

Dans une allocution lue mardi par le Premier ministre Sifi Ghrieb lors du sommet virtuel du Comité de haut niveau de l’Union africaine (C5), le chef de l’État a formulé une feuille de route en cinq points. Tout en réaffirmant l’appui technique et logistique d’Alger, il met en garde contre les risques d’instabilité à trois mois du scrutin présidentiel au Soudan du Sud.
Ainsi, lors des travaux du Sommet virtuel du Comité ad hoc de haut niveau de l’Union africaine (C5), présidé par l’Afrique du Sud, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a dressé un constat sans détour de la crise qui sévit à Jouba.
Dans un discours prononcé en son nom par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, le chef de l’État a d’emblée souligné la portée historique du moment tout en identifiant les fragilités qui le guettent :
« Les élections, que le peuple du Soudan du Sud attend avec une grande impatience, font face à des défis chroniques et réels, avec le risque de remettre en question les acquis enregistrés ces dernières années. »
Malgré les avancées saluées de l’Union africaine et certains progrès techniques, la détérioration des conditions politiques et sécuritaires menace la dynamique de transition. Le Président a averti que l’impasse politique actuelle pèse lourdement sur l’Accord revitalisé de 2018 (R-ARCSS) :
« La situation sur le terrain demeure préoccupante à tous les niveaux : politique, sécuritaire et humanitaire. Le blocage politique entre les signataires de l’Accord de paix redynamisé a un impact considérable sur l’ensemble du processus de transition et sur l’avenir même de l’Accord. »
« Il est somme toute évident que sans ressources, sans consensus politique et sans paix durable, la gravité de la situation demeure. »
Une feuille de route en cinq axes
Pour sortir de l’impasse et préserver la stabilité du pays, l’Algérie préconise des réponses d’urgence. Le premier axe repose sur le maintien du dialogue entre l’ensemble des acteurs politiques, en soutenant notamment l’initiative sud-africaine d’abriter de nouvelles concertations :
« Premièrement, l’Algérie appelle toutes les parties signataires de l’Accord revitalisé à s’engager activement et positivement dans un dialogue politique inclusif et constructif, dans lequel l’intérêt national supérieur doit primer sur les considérations conjoncturelles. »
Sur le plan sécuritaire, le chef de l’État a réclamé la cessation immédiate des hostilités et le rapprochement des forces en présence :
« Deuxièmement, elle appelle toutes les parties à s’engager dans des processus d’apaisement, à cesser toutes les hostilités sur l’ensemble du territoire, à relever les défis sécuritaires et à unifier les forces. »
La question de la viabilité du scrutin figure également au cœur des préoccupations d’Alger :
« Troisièmement, mon pays invite les autorités de transition à accélérer la mobilisation du financement national nécessaire aux institutions électorales et à publier une feuille de route électorale réaliste et consensuelle, de nature à rassurer l’ensemble des acteurs politiques ainsi que le peuple sud-soudanais. »
Face aux contraintes budgétaires, l’appel s’adresse aussi à la communauté internationale, sommés d’intervenir avant la date butoir du mois d’octobre :
« Quatrièmement, l’Algérie exhorte les Etats membres de l’Union africaine et les partenaires internationaux à faire preuve de responsabilité, à honorer leurs engagements et à apporter des contributions concrètes pour combler le déficit de financement du processus électoral avant le mois d’octobre prochain conformément à l’appel lancé par le Conseil de paix et de sécurité dans son dernier communiqué »
Enfin, l’aspect social et humanitaire n’a pas été omis face à la détérioration des conditions de vie des populations locales :
« Cinquièmement et enfin, elle appelle la communauté internationale à intensifier le soutien humanitaire d’urgence aux populations affectées et à garantir un accès sûr et sans entrave à l’aide humanitaire. »
Logistique et solidarité
Au-delà de la prise de position diplomatique, l’Algérie s’est dite prête à apporter une aide matérielle directe pour garantir le bon déroulement de la consultation populaire :
« L’engagement de l’Algérie envers le Soudan du Sud n’est pas conjoncturel. Il s’agit d’un engagement constant et de principe […] mon pays réaffirme sa disponibilité à apporter le soutien logistique et technique nécessaire pour accompagner les autorités et les instances électorales sud-soudanaises durant cette étape cruciale. »
En conclusion de son message – qui s’est également ouvert sur une condamnation ferme de la «lâche attaque » du 24 août dernier ayant visé des casques bleus éthiopiens -, Abdelmadjid Tebboune a rappelé la dimension collective des enjeux de paix sur le continent:
« La réussite du Soudan du Sud dans l’instauration de la sécurité est un succès pour toute l’Afrique. Notre responsabilité collective nous commande de faire front uni aux côtés de nos frères dans ces circonstances délicates. » Salima G.