Ce que j’en pense: Payer le futur avec le passé
Il a posé la question comme on demanderait l’heure. Sans provocation, sans caméra cachée de l’absurde. Juste une question banale, presque ennuyeuse, parfaitement normale en 2026 :
— Vous acceptez Apple Pay ?
La réponse, elle, n’avait rien de surprenant. Elle était même prévisible, rassurante dans sa constance:
— Non.
Rideau. Fin de la transaction. Retour au portefeuille, au billet froissé, à la monnaie rendue avec un soupir.
La scène se déroule au cœur de la capitale, dans un magasin d’électronique — ironie suprême — lors d’une promenade médiatisée de IshowSpeed. Et soudain, ce refus banal devient un révélateur brutal. Un miroir. Un électrochoc silencieux.
Car ce “non”, sec et sans appel, n’est pas dirigé contre Apple Pay. Il est adressé au temps.
Ailleurs, le monde a déjà changé de poche. On paie avec son téléphone, sa montre, parfois même avec son visage. Les cartes bancaires deviennent vintage, le cash presque suspect. Le geste est fluide, invisible, rapide. Payer ne se remarque plus.
Chez nous, payer reste un acte physique, presque militant. On sort les billets comme on défend une tradition.
Le problème n’est pas technologique. Il est structurel. Mental. Politique aussi. Car accepter le paiement par téléphone, ce n’est pas seulement installer un terminal. C’est repenser tout un écosystème : banques, fiscalité, confiance, réglementation, formation. Bref, entrer dans le jeu mondial.
Et ce jeu, il avance vite. Très vite.
Si l’Algérie ambitionne réellement de bâtir une base touristique solide — pas seulement dans les discours, mais dans l’expérience réelle — il faudra accepter une évidence simple : le touriste d’aujourd’hui ne voyage plus avec des liasses. Le membre de la diaspora non plus. Il voyage léger, numérique, impatient.
Refuser ses moyens de paiement, c’est lui dire poliment : vous êtes chez vous… mais pas trop.
Alors oui, Apple Pay. Google Pay. Et même, pourquoi pas, des solutions locales intelligentes, interopérables, modernes, pensées pour notre réalité. Mais rester figé dans le cash, c’est comme vouloir accueillir la Formule 1 sur une route nationale.
Le plus inquiétant n’est pas le retard. Le plus inquiétant, c’est l’habitude de ce retard.
Car pendant qu’on débat encore de la légitimité du paiement sans contact, le monde, lui, réfléchit déjà à payer sans payer. Et dans cette course, il n’y a pas de marche arrière. Seulement des wagons manqués.
Hier, dans un magasin d’électronique, quelqu’un a demandé s’il pouvait payer avec le futur. On lui a répondu avec le passé. Et tout le monde a trouvé ça normal.