Une harga qui a viré au drame: Les peines revues à la baisse après cassation

Le tribunal criminel près la cour d’Oran a statué, après cassation, sur une affaire dramatique d’émigration clandestine ayant coûté la vie à 20 personnes. Sur les sept mis en cause identifiés dans ce dossier, cinq ont comparu à l’audience pour répondre des chefs d’inculpation d’organisation d’émigration clandestine dans le cadre d’un groupe criminel organisé. À l’issue des délibérations, l’instance judiciaire a prononcé des peines de 5 et 7 ans de réclusion criminelle à l’encontre des accusés détenus, tandis qu’un sixième prévenu, qui comparaissait libre, a bénéficié d’un acquittement.
Ce procès jette une nouvelle fois une lumière crue sur les réseaux criminels qui exploitent la détresse de jeunes et de familles entières, les poussant à tenter la traversée de la Méditerranée au péril de leur vie. L’affaire remonte à décembre 2018, lorsque les services de sécurité ont été alertés sur les préparatifs d’une harga par un réseau structuré. Le départ avait été fixé depuis la plage de Cap Blanc, à l’ouest d’Oran, à bord d’une embarcation semi-rigide dotée de puissants moteurs.
La traversée a cependant tourné au drame absolu à la suite d’une avarie majeure survenue en pleine mer. Le sillage de cette embarcation de fortune s’est brisé au large, provoquant son naufrage. Sur les 29 passagers entassés à bord, parmi lesquels figuraient de nombreuses femmes et enfants, seules 9 personnes ont pu être sauvées. Les rescapés ont d’abord été secourus par l’équipage d’un navire battant pavillon étranger, avant d’être récupérés par les unités des forces navales au large de Ténès, dans la wilaya de Chlef.

Témoignages poignants

Une fois pris en charge par les urgences médicales puis interrogés par les enquêteurs de la sûreté de daïra de Ténès, les survivants ont permis l’identification de passeurs notoirement connus. En parallèle, les investigations menées par les éléments de sécurité d’Aïn El Turck, où un autre rescapé avait été admis à l’hôpital, ont permis de corroborer le mode opératoire du réseau. Ce dernier a confié avoir déboursé la somme de 40 millions de centimes pour sa place à bord, confirmant la présence massive de femmes et d’enfants. Un second témoin a évoqué le même montant de 40 millions de centimes versé aux organisateurs, des déclarations appuyées par les plaintes ultérieures des familles de victimes, ce qui a permis de localiser et d’arrêter quatre des principaux suspects.
L’audience a été marquée par des témoignages poignants des parties civiles. Un père de famille a raconté avoir perdu son épouse et sa fille dans le naufrage, tandis qu’un autre témoignage a fait état de la disparition d’un jeune couple. Le récit le plus bouleversant est venu d’un adolescent rescapé, qui a décrit la scène d’horreur où sa mère et sa petite sœur ont sombré sous ses yeux sans qu’il puisse leur porter secours. « J’entends encore les cris de ma sœur, je n’oublierai jamais ce drame », a-t-il confié à la cour, ému.
Appelés à la barre, les accusés ont tenté de se soustraire à leurs responsabilités en niant en bloc les faits qui leur sont reprochés. Lors de son réquisitoire, le représentant du ministère public a fustigé la gravité extrême de ces actes criminels qui ont endeuillé de multiples foyers, avant de réclamer l’application de la peine maximale.
Pour rappel, lors du premier procès en première instance, les prévenus avaient écopé de 15 ans de réclusion, une sentence qui avait été ramenée à 10 ans de réclusion criminelle en appel, avant le renvoi de l’affaire après cassation. Zemmouri L.

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