Criminalisation de la colonisation: Un second acte après l’Indépendance

La question de la criminalisation de la colonisation française en Algérie (1830-1962) revient au cœur du débat national. L’Assemblée populaire nationale (APN) examinera, aujourd’hui, en plénière un projet de proposition de loi consacré à ce sujet. Pour en éclairer les enjeux, l’émission L’invité du jour de la Chaîne III de la Radio nationale a reçu, ce jeudi, Maître Fatima-Zohra Benbraham, avocate et chercheuse en droit de l’histoire.
Dès l’entame, Me Benbraham a qualifié ce projet de « second événement d’importance après l’indépendance », estimant que « si la colonisation s’est arrêtée en 1962, la pensée coloniale, elle, est toujours là, grave et pernicieuse ».
Selon elle, la pensée coloniale est insidieuse : « Beaucoup de gens ne savent pas ce que c’est, parce que cela ne se voit pas, ne se sent pas, mais pénètre comme un poison. Ce n’est pas une colonisation par les armes, mais une colonisation par la pensée, plus pernicieuse et plus grave, car elle maintient l’emprise coloniale dans une société nouvellement indépendante. »
L’avocate a dénoncé l’attitude de certains responsables français qui continuent à présenter la colonisation comme une œuvre de civilisation : « Certains politiques, que je qualifie de politicards, n’ont même pas pris le soin de lire un seul ouvrage d’histoire écrit par leurs propres concitoyens – généraux, chercheurs ou autres – et osent affirmer que l’Algérie n’était rien et que la France l’a construite. Or, les chercheurs ont prouvé que la France a détruit l’Algérie. »
Elle a rappelé également la loi française de 2005 sur les prétendus « bienfaits de la colonisation », qu’elle considère comme une aberration : « Ce texte occulte un chapelet de crimes, de torture, de viols et d’expropriations.»
Pour Me Benbraham, « le moment est venu de mettre la colonisation française face aux crimes commis, afin de lutter contre le négationnisme, de rétablir la vérité sur la réalité des crimes coloniaux en Algérie, de contrer la pensée coloniale et de situer les responsabilités pénales de l’État français, conformément au Statut de Rome du 17 juillet 1998 ».
Elle a conclu en affirmant que « la France doit reconnaître ses crimes de guerre en Algérie et présenter ses excuses. »
M. Salah

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