Plusieurs activités programmées: La ville au rythme de Yennayer

Oran s’apprête à vivre un week-end particulier à l’occasion de Yennayer 2976, le Nouvel An amazigh, marqué cette année par une programmation riche mêlant sport, culture et renouveau des pratiques festives. Parmi les événements phares, un concours inter-membres de saut d’obstacles, baptisé trophée «Yennayer 2976», se tiendra au centre équestre Étrier oranais à Es-Senia, confirmant l’ancrage de cette célébration dans tous les pans de la vie sociale
locale.
Organisée sur deux jours par le club amateur équestre Étrier oranais, la manifestation réunira près de soixante cavaliers et cavalières, toutes catégories confondues, issus de l’école de formation du centre. Neuf épreuves figurent au programme, avec des obstacles allant de 80 centimètres à 1,20 mètre, destinées aussi bien aux jeunes cavaliers qu’aux seniors. L’objectif est double : offrir un cadre compétitif aux licenciés et évaluer les progrès réalisés avant le lancement de la saison sportive 2026.
En marge de la compétition, un baptême sur poneys sera proposé aux enfants âgés de 5 à 10 ans. Encadrée par des moniteurs, cette initiative vise à initier les plus jeunes au monde équestre et à renforcer le lien entre sport et transmission culturelle, dans un esprit festif propre à Yennayer.
Au-delà de l’événement sportif, Oran vit depuis plusieurs jours au rythme de Yennayer. Des quartiers populaires aux grandes artères du centre-ville, la fête est perceptible dans les vitrines décorées, les étals des marchés et l’animation croissante des espaces commerciaux. À M’dina J’dida, aux Aurès (ex-La Bastille) ou encore dans les zones plus modernes de la ville, les symboles amazighs côtoient les couleurs festives, traduisant l’attachement profond des Oranais à cette date du calendrier ancestral.
Cette édition 2976 se distingue cependant par une montée en gamme des offres proposées, reflet d’une évolution des modes de célébration. À Canastel, un magasin, spécialisé dans la vaisselle, a conçu des services de table dédiés à Yennayer, inspirés du patrimoine amazigh. Mélangeant objets traditionnels, graphisme contemporain et matériaux comme l’argile utilisée en céramique, ces créations rencontrent un succès notable auprès des familles souhaitant célébrer la fête avec élégance tout en respectant l’authenticité.
Yennayer, nouvel art de recevoir
Même dynamique du côté de Bir El Djir où un magasin a ouvert exceptionnellement ses portes hier vendredi pour accueillir les clients tout au long de la journée. La boutique, spécialisée dans les confiseries, chocolats, parfums, cosmétiques et box cadeaux, propose une offre diversifiée adaptée aux fêtes et aux célébrations locales, comme Yennayer 2976. Cette ouverture prolongée permet aux habitants de profiter pleinement de l’ensemble des produits et de découvrir les nouveautés de la saison, dans un cadre festif et accessible.
À l’occasion de Yennayer, la boutique propose des packs festifs complets intégrant confiseries raffinées, vaisselle soignée et décorations thématiques. Une formule clé en main qui illustre l’émergence d’un véritable art de recevoir version Yennayer, désormais intégré aux stratégies commerciales locales.
Parallèlement, les soirées et après-midis artistiques dédiés à cette fête se multiplient. Hôtels, salles des fêtes et établissements spécialisés inscrivent désormais Yennayer dans leurs calendriers événementiels. La diversité musicale proposée est particulièrement révélatrice : aux chants amazighs traditionnels s’ajoutent des soirées raï et des plateaux variés, traduisant une vision inclusive de l’identité culturelle algérienne, où les expressions régionales dialoguent librement.
Malgré cette évolution, l’esprit originel de Yennayer demeure intact dans les foyers oranais. La dimension familiale reste centrale. Les ménages se procurent le traditionnel mkhalat, mélange de fruits secs, de confiseries et de fruits de saison. La veille de Yennayer, on prépare le cherchem, plat emblématique de l’Ouest algérien à base de grains de blé bouillis et de pois chiches.
Après le dîner, les familles se réunissent autour du thé, partageant le mkhalat dans une ambiance conviviale, empreinte de transmission et de mémoire collective. Dans certaines maisons, les enfants reçoivent encore leur part dans de petits sacs en tissu, perpétuant un rituel ancien chargé de symboles.
«C’est une occasion de renforcer les liens familiaux et de transmettre à nos enfants les valeurs liées à leur identité et à leur histoire», confie une mère de famille rencontrée à Oran.
Pour beaucoup, l’institutionnalisation de Yennayer comme fête nationale demeure un acquis majeur et une source de fierté.
Activités au Mamo
Pour ce qui est des prix, le mkhalat, mélange traditionnel de fruits secs, confiseries et fruits de saison, se négocie entre 1800 et 3500 dinars le kilogramme dans les marchés populaires, tandis que les compositions premium proposées par certaines enseignes spécialisées atteignent 4500 à 5000 dinars, selon la qualité des ingrédients. Les produits de base destinés à la préparation du cherchem, notamment le blé et les pois chiches, restent accessibles avec des prix variant entre 180 et 260 dinars le kilogramme, limitant ainsi la pression sur le budget des ménages. En parallèle, les articles festifs et les services de table conçus spécialement pour Yennayer affichent des tarifs plus élevés, allant de 6000 à plus de 20000 dinars pour des ensembles complets, illustrant une segmentation croissante entre consommation traditionnelle et offres à valeur esthétique et symbolique ajoutée.
A cela, depuis avant-hier jeudi et jusqu’au 18 janvier prochain, le Musée public national d’art moderne et contemporain d’Oran propose une série d’activités pour célébrer Yennayer 2976, en partenariat avec l’association Wahyou El Mothaqafine. Plus de 60 exposants, artisans et artistes plasticiens, ainsi que 20 associations culturelles, seront présents.
Le public pourra découvrir des expositions sur le patrimoine amazigh, des espaces consacrés à l’artisanat et aux industries traditionnelles, des stands sur la mémoire nationale et des photographies documentant les célébrations passées.
Des ateliers pédagogiques dans le dessin, la sculpture et la calligraphie seront proposés aux enfants et aux jeunes, tandis que des spectacles artistiques, des défilés de costumes traditionnels, des conférences et colloques animés par des universitaires, ainsi que des rencontres littéraires, compléteront la programmation. Cette combinaison d’activités permet de lier tradition et innovation, tout en offrant au public une immersion complète dans la richesse culturelle et artistique d’Oran.
O.A Nadir
