Leïla Borsali et Chaou à Oran: Quand la sève poétique advient

Durant quelques soirées ramadanesques, la musique andalouse et le chaâbi ne se contentent plus d’exister : ils rayonnent. Ils deviennent fête, éclat partagé, fil vibrant reliant les mélomanes rassemblés sous le même ciel nocturne, baigné d’une lumière vespérale, au Cinéma Régent.

Porté par cet élan, l’Office National de la Culture et de l’Information (ONCI) a offert un spectacle réunissant deux artistes dont les noms suggèrent, à eux seuls, une élégance singulière : celle d’un verbe habité et d’une présence à la fois sobre et lumineuse.
Comme à son habitude, Leïla Borsali fait une entrée éclatante. Sa grâce tranquille transforme la scène en lieu de communion. Le désir de partage est immédiat : le lien avec le public se tisse dès les premières notes. Son répertoire, riche et nuancé, conjugue l’exigence de la tradition andalouse et la fraîcheur de chansons plus légères, respirations délicates dans l’architecture du chant.
Les qasâ’id se déploient avec ampleur. Les récits, finement ciselés, révèlent leur profondeur symbolique. Chaque mot semble poli par le temps ; chaque note prolonge une mémoire séculaire. L’esprit des grandes veillées renaît : la culture ne se contente pas d’être conservée, elle se recrée dans la vibration des voix et l’attention des cœurs.
Magnifier le registre andalou, c’est rendre aux mots leur pouvoir d’enchantement. C’est ouvrir un espace où la musique façonne l’émotion, l’épure et l’élève. À travers chaque modulation, elle devient souffle poétique ; et, dans ce souffle, chacun reconnaît une part intime de soi, subtilement transfigurée par l’art.Le second concert s’ouvre sous des applaudissements nourris. Le chanteur, fort d’un long parcours, avance avec assurance. Élégant, il salue : la salle s’embrase.
La voix d’Abdelkader Chaou surgit alors comme une étoile vive. Mandole en main, il impose sa cadence. Son répertoire, notamment Ya l’Adra, envoûte. Le verbe épouse la mélodie avec justesse et offre au public un espace de liberté ardente.
Le chaâbi révèle ici sa puissance populaire : une joie franche et communicative. Chez Chaou, le verbe est vivant ; il relie, apaise, rassemble. L’altérité devient une mer d’empathie où chacun reconnaît en l’autre le reflet de sa propre sensibilité.
La présence féminine, par la grâce des gestes et la délicatesse des mouvements, répond à la chanson comme un écho vibrant — un discret hymne à la concorde des mœurs.
Ce jeudi 27 février restera marqué par cette ferveur partagée. Deux artistes, maîtres de leur art, ont porté la soirée à son acmé. Ils l’ont conclue par un duo empreint de douceur et de complicité, véritable caresse sonore saluée par des applaudissements prolongés.
Au-delà des notes subsistait une image forte : des femmes se laissant traverser par la musique, leurs pas dessinant une danse souple, accordée au rythme des chansons.
Sur cette ultime vibration, l’art musical semblait donner raison à Friedrich Nietzsche : « Sans la musique, la vie serait une erreur. »
Ce soir-là, cette phrase n’était plus une citation : elle était une évidence.
Adnan Hadj Mouri

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