A l’horizon 2030 : La moitié des Algériens obèses ?

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’obésité, le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudene, a réaffirmé mardi l’engagement du secteur à combattre cette maladie chronique, notamment à travers l’élaboration et la diffusion d’un guide national de prise en charge de l’obésité, destiné aux professionnels de santé.
Dans une allocution lue en son nom par le secrétaire général du ministère, Mohamed Talhi, le ministre a précisé que ce guide permettra aux praticiens de mieux appréhender et prévenir l’obésité. Il a rappelé que cette pathologie constitue un facteur de risque majeur pour le diabète, les maladies cardiovasculaires, l’hypertension et certains cancers, tout en ayant des conséquences psychosociales importantes.
« Selon une étude réalisée à travers le territoire national, l’obésité touche 30% des femmes, 14 % des hommes et 12 % d’enfants en Algérie. Si on ne prend pas des précautions proactives dans la prévention, ces chiffres seront quasiment doublés. On risque d’atteindre 47% de prévalence chez les femmes, 30% chez les hommes et 22 % chez les enfants ». C’est ce qu’a révélé, en mars 2025, le professeur Amar Tebaibia, président de la Société algérienne d’obésité et des maladies métaboliques (SAOMM) et chef de service en médecine interne à l’hôpital de Birtraria d’El Biar, à Alger, affirmant que « l’obésité constitue un problème de santé publique, pas uniquement en Algérie, et entraîne de graves complications des prises en charge immédiates et, souvent lourdes ».
Le Pr. Tebaibia avait estimé que « si on évoque l’obésité ce n’est pas parce que nous avons un excès pondéral, mais à cause des complications qui pourraient survenir à long terme chez les sujets. Car, après 10 et 20 ans, c’est selon les sujets, le sujets vont développer beaucoup de pathologies, comme le diabète, l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie, l’arthrose et certains cancers qui sont considérés liés à cette pathologie ».
De son côté, le professeur Soumia Fedhala, cheffe de service d’endocrinologie à l’hôpital Lamine Debaghine, a rappelé, hier sur les ondes de la Radio nationale, que l’obésité est une maladie chronique grave, loin d’être une simple question d’esthétique ou de volonté.
Invitée de la Chaîne 2, elle a souligné que l’obésité est officiellement reconnue comme maladie chronique par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1997. En Algérie, les chiffres publiés en 2022 montrent que près de la moitié de la population est en surpoids et qu’un quart est déjà obèse. Sans mesures concrètes, la moitié de la population pourrait être obèse d’ici 2030.

Des chiffres alarmants

Le Pr Fedhala a insisté sur la situation préoccupante des femmes et des enfants. Deux tiers des femmes sont en surpoids ou obèses, un taux supérieur à celui des hommes. Chez les enfants, la prévalence atteint 13 % en moyenne, et jusqu’à 25 % dans certaines villes, soit un enfant sur quatre. Elle a averti : « Un enfant obèse aujourd’hui sera un adulte malade demain, avec des complications plus précoces. »
La spécialiste a précisé que les causes endocriniennes ne représentent que 3 % des cas. La majorité relève de l’obésité commune, liée à une alimentation riche en sucres, graisses et produits industriels, combinée à une sédentarité croissante. L’usage intensif des écrans et le manque de sommeil aggravent cette tendance.
Face à cette épidémie silencieuse, la prévention est jugée essentielle. Le Pr Fedhala appelle à une mobilisation collective au sein des familles, en limitant la consommation de sodas, fritures et malbouffe, et en privilégiant une alimentation simple et équilibrée ; à l’école, en rendant l’activité physique obligatoire et en intégrant l’éducation nutritionnelle dès le plus jeune âge ainsi que dans les médias, en renforçant l’information et la sensibilisation du grand public.
Le ministère a également élaboré, avec l’appui de l’UNICEF, un guide complémentaire axé sur la prévention en milieu scolaire. Ce document vise à inculquer dès le plus jeune âge une culture d’alimentation saine et la pratique régulière d’une activité physique, en renforçant le rôle de l’école et de la famille dans la promotion des habitudes saines.
M. Aït Messaoudene a rappelé que le gouvernement a renforcé la stratégie nationale de promotion de la santé à travers le Plan national multisectoriel de lutte intégrée contre les facteurs de risque, en coordination avec les secteurs du commerce, de l’industrie, de l’agriculture et de l’éducation nationale, avec la participation de la société civile. Cette stratégie prévoit des campagnes de sensibilisation pour promouvoir une alimentation équilibrée, encourager le sport et lutter contre le tabagisme.
Pour sa part, la directrice de l’ONUSIDA en Algérie, Soraya Alem, a souligné que la coïncidence de cette journée avec le mois de Ramadhan constitue une opportunité pour sensibiliser à l’importance d’une alimentation équilibrée et d’une bonne hydratation, associées à une activité physique régulière.
T. Feriel

Bouton retour en haut de la page