1.968 incendies, six morts et une facture record : L’Algérie tourne la page d’un juillet noir

1.968 incendies au total, six morts, plus de 1 550 foyers de forêt et de broussailles à eux seuls, et des centaines de familles évacuées à travers le pays : c’est le bilan qui se referme mardi, près de trois semaines après que la Protection civile a annoncé avoir éteint le dernier des feux qui ravageaient l’Algérie depuis le 8 juillet, dans le sillage de la vague de chaleur ayant frappé plusieurs wilayas.
Le dernier foyer maîtrisé se trouvait à Kanoua, dans la commune de Skikda, wilaya qui aura concentré une bonne partie de l’épreuve : selon les relevés quotidiens de la Protection civile, elle a compté jusqu’à 18 foyers actifs simultanément à la mi-juillet, davantage que toute autre wilaya du pays, avec des communes comme Aïn Kechra, Cheraïa ou Azzaba parmi les plus touchées. La wilaya de Skikda a été l’un des principaux foyers de cette vague d’incendies, avec 17 opérations en cours le 21 juillet, puis 18 foyers mobilisant les secours le lendemain matin, avant qu’un seul incendie n’y soit encore signalé le 23 juillet, signe d’une nette accalmie après plusieurs journées critiques. Selon le communiqué relayé mardi, les équipes ont encore maîtrisé 43 incendies au cours des dernières 24 heures avant l’extinction totale, ce qui donne la mesure de l’intensité du dispositif déployé jusqu’au bout.
Le bilan humain reste, à ce stade, arrêté à six décès, un chiffre confirmé par le ministère de l’Intérieur au plus fort de la crise, à la mi-juillet. Sur le plan strictement forestier, plus de 1 550 incendies de végétation, de forêt et de récoltes avaient été recensés depuis le 8 juillet, dont 383 feux de forêt proprement dits, selon les chiffres croisés de la Protection civile et du ministère de l’Agriculture. Les autorités ont par ailleurs décrit un phénomène inhabituel par sa vitesse de propagation et son intensité thermique, certains responsables de la Protection civile évoquant des « incendies de sixième génération », particulièrement difficiles à circonscrire.
Sur le terrain, la mobilisation aura mêlé moyens civils et militaires : une flotte aérienne d’une vingtaine d’appareils, dont des avions bombardiers d’eau de type Beriev Be-200 et des hélicoptères lourds Mi-26 des forces aériennes de l’ANP, est venue épauler les unités au sol, avec l’appui de milliers de riverains mobilisés spontanément pour couper des broussailles, acheminer de l’eau ou protéger les habitations menacées. Plusieurs centaines de personnes ont dû être évacuées à titre préventif dans des wilayas comme Béjaïa, Blida ou Skikda, et des dizaines de personnes incommodées par les fumées ont été prises en charge dans des établissements hospitaliers.
C’est dans ce contexte que le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports a annoncé, lundi, l’ouverture de l’indemnisation de l’ensemble des sinistrés, sur instruction du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, une opération censée être achevée au plus tard fin août 2026, avant la rentrée sociale. Elle doit couvrir aussi bien les pertes matérielles touchant bâtisses et habitations que les dommages agricoles et le cheptel. Cette annonce fait suite à l’installation, dans les wilayas sinistrées, de commissions locales chargées de recenser précisément les dégâts, sous la supervision de la tutelle : ces commissions, qui associent représentants des différents secteurs concernés, ont pour mission de coordonner avec les instances communales, d’établir un inventaire exhaustif des pertes selon les critères réglementaires en vigueur, et de permettre ainsi le déclenchement rapide des versements.
T. Feriel
