Explosion du trafic de prégabaline: Alger porte le combat jusqu’à l’ONU

Près de 60 millions de comprimés psychotropes ont été saisis en Algérie depuis le début de l’année 2026, une hausse de 10 % par rapport à l’ensemble de l’année précédente et plus de dix fois le volume intercepté en 2021, un chiffre qui mesure l’ampleur de la menace sécuritaire à l’origine de la démarche diplomatique engagée par Alger à Vienne.
À l’issue de la 33ème session des chefs des organismes nationaux chargés de l’application des lois sur les drogues en Afrique, le directeur général de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie, Tarek Kour, a appelé, au nom de l’Algérie, à une classification internationale de la prégabaline, un médicament anti-épileptique aux effets euphorisants et désinhibiteurs dont le détournement à des fins récréatives échappe aujourd’hui à tout contrôle onusien, faute d’inscription sur les listes des substances placées sous surveillance internationale.
Le vide juridique que l’Algérie entend combler n’a rien de théorique. La prégabaline représente à elle seule plus de 83,73 % du total des produits psychotropes saisis sur le territoire national, loin devant l’ecstasy, selon un bilan de la stratégie nationale de lutte contre le trafic 2025-2029, qui recense plus de 143 968 affaires traitées en Algérie, dont 66 839 liées aux substances psychotropes. L’ampleur du phénomène s’est encore illustrée le 20 août dernier, lorsque la Direction générale de la Sûreté nationale a annoncé le démantèlement d’un réseau international ayant permis la saisie de 10,4 millions de comprimés de prégabaline dosés à 300 mg et de 33,4 kilogrammes de cocaïne, pour une valeur marchande estimée à un milliard de dinars, ainsi que l’arrestation de 25 suspects dans plusieurs wilayas du pays, dont Oran, Tizi-Ouzou, Alger, Blida et Tipaza. Le parquet près le tribunal de Sidi M’hamed évalue à une cinquantaine de membres la taille de ce réseau, dont une partie des commanditaires présumés, des trafiquants marocains recherchés par la justice algérienne, piloterait les opérations depuis le Maroc, selon la DGSN – une dimension transnationale qui confère à ce dossier une résonance particulière dans le contexte de tension diplomatique actuelle entre Alger et Rabat.
C’est précisément cette dimension internationale du trafic que l’Algérie a portée à Vienne. En proposant d’inscrire la question de la prégabaline parmi les axes de la prochaine session des chefs des organismes africains de lutte antidrogue, Alger cherche à fédérer un front commun continental capable de peser sur les instances onusiennes compétentes en matière de classification des substances, tout en intensifiant l’échange de renseignements entre pays africains sur les circuits d’approvisionnement et les méthodes de détournement de la molécule.
La démarche s’inscrit dans la continuité d’une doctrine sécuritaire nationale qui traite désormais le trafic de psychotropes non plus comme un simple enjeu de santé publique, mais comme un facteur de déstabilisation sociale et un vecteur d’infiltration de réseaux criminels organisés, ainsi que l’a illustré, quelques semaines plus tôt, la question posée par plusieurs médias algériens sur l’ampleur de la pénétration de ces circuits jusque dans l’ouest du pays.
T. Feriel

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