Alger coupe les ponts avec Abu Dhabi: Les raisons d’une rupture

Les Émirats arabes unis, avec lesquels l’Algérie a décidé de rompre ses relations diplomatiques, s’orientent vers une « isolation régionale sans précédent », conséquence de politiques jugées aventureuses et de projets décrits comme dangereux.

La diplomatie algérienne, fidèle à ses principes et à son héritage historique, n’a pas réagi de manière circonstancielle mais a soumis ses relations avec Abou Dhabi à une planification stratégique stricte, fondée sur la défense de la souveraineté nationale, de la sécurité et des intérêts vitaux de l’État.
Le différend ne réside pas dans une position ponctuelle mais dans l’opposition entre une puissance souveraine, qui inscrit ses choix dans une vision de long terme, et une « diplomatie fonctionnelle », axée sur des intérêts immédiats, quitte à recourir à la déstabilisation et au chaos.
L’Algérie rappelle avoir accompagné les Émirats, dès les années 1970, dans la structuration de leur secteur pétrolier, sans visées prédatrices, et avoir partagé ses principes de souveraineté énergétique, notamment lors de l’embargo arabe de 1973. Mais, selon Alger, la politique actuelle de Mohammed ben Zayed ouvre la voie à une marginalisation régionale.
Un rapport de la revue américaine Foreign Affairs, signé par Andrew Leber (Carnegie Endowment for International Peace), met en garde contre un avenir « entouré de risques » pour les Émirats, en raison de leur stratégie d’expansion militaire et financière controversée au Yémen, au Soudan, dans la Corne de l’Afrique et au Sahel.
La rupture décidée par Alger s’accompagne de mesures concrètes, dont la fermeture de l’espace aérien aux avions immatriculés aux Émirats, à l’exception des vols commerciaux vers l’aéroport Houari Boumediene jusqu’à la fin de l’année 2026.
Parmi les motifs évoqués par des diplomates algériens figurent le rapprochement avec Israël, le soutien au pôle Rabat‑Tel‑Aviv, les ingérences dans les affaires internes algériennes, l’appui à des mouvements séparatistes, ainsi que la protection de fugitifs recherchés par la justice.
Les Émirats sont également pointés du doigt comme un centre de blanchiment d’argent, avec Dubaï qualifiée de « capitale du capital illicite ». La police espagnole a récemment démantelé un réseau lié au « Dubai Bank », impliqué dans le financement de trafiquants de cocaïne en Europe.
Enfin, selon le journaliste britannique David Hearst dans Middle East Eye, Abou Dhabi agit comme un « chef d’orchestre des crises régionales », alimentant une « guerre permanente » au Moyen‑Orient par ses interventions indirectes et ses financements opaques.
APS

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