350 signalements citoyens par jour : Le pari de la Gendarmerie nationale

Excès de vitesse, téléphone au volant, manœuvres dangereuses des chauffeurs de bus et de poids lourds : les services de la Gendarmerie nationale reçoivent désormais près de 350 signalements citoyens chaque jour, un chiffre qui traduit, selon l’institution, l’ancrage progressif d’un réflexe de vigilance partagée face aux dangers de la route.

C’est ce qu’a indiqué la commandante Rachida Ayeb, cheffe du bureau de l’information et de la communication au Centre de l’information et de la coordination routière du commandement de la Gendarmerie nationale, dans une déclaration à l’APS.
Le détail de ce volume quotidien de signalements révèle une répartition assez nette : entre 200 et 250 signalements parviennent chaque jour via la page « Tariki », contre 100 à 150 appels téléphoniques directs, a précisé la responsable. La plateforme Tariki, lancée par la Gendarmerie nationale voici plusieurs années, avait été conçue à l’origine comme un site d’information routière actualisé toutes les quinze minutes, avant de devenir progressivement un canal d’alerte à part entière relayé sur Facebook, Instagram et TikTok. La page Facebook dédiée à la sécurité routière reçoit notamment, via l’application Messenger, des signalements de citoyens sur des cas de conduite dangereuse repérés sur les routes et autoroutes du pays, les administrateurs se chargeant ensuite d’alerter les unités sur le terrain avant d’informer le public des suites données. Ce mécanisme a d’ailleurs déjà fait ses preuves sur le terrain : quatre véhicules, dont deux bus et un camion, avaient ainsi été interceptés en une seule journée dans les wilayas de Bouira, Sidi Bel Abbés et Adrar après avoir été signalés par de simples usagers de la route.
Les signalements recueillis concernent en priorité les comportements liés au transport de voyageurs et de marchandises, les manœuvres dangereuses, l’excès de vitesse et l’usage du téléphone portable au volant, en particulier chez les conducteurs de bus et de véhicules de transport de voyageurs, a détaillé la commandante Ayeb. Une partie des signalements porte également sur des questions relevant plus largement de l’ordre et de la sécurité publics, transmise dans ce cas aux services compétents pour suite à donner.
La fréquence de ces signalements suit, sans surprise, les pics de circulation : week-ends, heures de pointe, saison estivale, congés et fêtes religieuses ou nationales voient le volume grimper, tout comme les périodes de conditions météorologiques dégradées ou celles marquées par des accidents graves.

Comportement préventif

La responsable y voit la preuve du rôle que peut jouer le citoyen dans l’alerte précoce sur les dangers susceptibles de menacer la sécurité des usagers de la route. Sur le plan opérationnel, chaque signalement fait l’objet d’une coordination directe avec les unités territoriales, afin de garantir la rapidité de la réponse et l’efficacité de l’intervention, a-t-elle assuré.
Au-delà de la collecte des alertes, la Gendarmerie nationale mène un travail de fond pour ancrer une véritable culture du signalement, présentée non plus comme un simple outil de dénonciation des infractions mais comme un comportement préventif relevant d’une responsabilité partagée entre le citoyen et les institutions de sécurité. Ce travail passe par des campagnes de sensibilisation, des activités de proximité et des journées portes ouvertes permettant un contact direct avec la population, en plus de l’animation de la page Tariki sur les réseaux sociaux. Le message que l’institution cherche à faire passer tient en une phrase : ne pas se contenter d’être témoin du danger, mais devenir acteur de sa prévention, une information transmise à temps pouvant contribuer à sauver une vie, empêcher un accident ou mettre fin à un comportement à risque.
C’est dans ce contexte que la commandante Ayeb a dévoilé un bilan alarmant : 5 537 accidents de la route ont été enregistrés durant les cinq premiers mois de l’année en cours, faisant 1 256 morts et 5 731 blessés, une hausse par rapport à la même période de l’année précédente.
Ce chiffre s’inscrit dans une tendance déjà documentée par d’autres sources officielles : durant le premier trimestre 2026, la Protection civile avait déjà dénombré plus de 500 personnes tuées dans des accidents de la route, avec une moyenne hebdomadaire de près de 2 000 victimes entre morts et blessés, tandis que l’année 2025 s’était soldée, selon la Délégation nationale à la sécurité routière, par 3 838 décès sur l’ensemble du territoire national. Ces données, émanant de la Protection civile et de la DNSR, couvrent un périmètre national plus large que celui des seules zones de compétence de la Gendarmerie nationale, mais confirment la même trajectoire haussière.
Sans surprise, la commandante Ayeb a rappelé que le facteur humain demeure la cause principale de ces accidents, une conclusion partagée par les propres services de la Gendarmerie nationale : lors d’un bilan estival antérieur, l’excès de vitesse, l’inattention des conducteurs, le non-respect des distances de sécurité et les dépassements dangereux figuraient parmi les principales causes recensées, loin devant les fautes imputables aux piétons. Une réalité qui, selon la responsable, renforce plus que jamais la pertinence de la prévention et du signalement citoyen des comportements à risque, seuls remparts capables, à terme, d’infléchir la courbe meurtrière des routes algériennes.
T. Feriel

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