Quand l’écriture romanesque se heurte au trauma

Depuis toujours, la littérature tente d’analyser « l’inconnaissable du trauma » qu’il s’agisse de guerre de libération ou de la décennie noire particulièrement.
Pour tenter d’apprivoiser l’escalade de la violence, l’écrivain Kamel Daoud publie un roman controversé, sur une victime de la décennie noire, sa vie est étalée sans son consentement, à savoir la divulgation du secret médical de cette dernière, d’autant plus que la psychiatre qui la suit n’est autre que l’épouse de l’écrivain.
Dans l’écriture, le romancier devra faire allusion à ce qu’il imagine comme une possible rencontre avec le trauma afin de disséquer les différents types de symptômes qui peuvent ronger les individus et les liens sociaux.
En effet, le processus de « dynamologie », selon Bachelard, favorisera à notre sens la consolidation de l’acte de l’écriture avec le trauma, ce qui n’est pas une sinécure. Le psychanalyste Ferenczi a approfondi le trauma pour le définir comme « endommagement narcissique et déchirure du moi »
A cet égard, la démarche de l’écrivain s’est avérée controversée à bien des égards et ce à travers un langage romanesque qui s’est conditionné par « la pulsion ressentimiste » indépassable.
Dans un premier temps, que peut-on dire de la place du trauma dans l’écriture ? « Trauma et écriture de soi » pour aborder le devenir psychique du trauma.
L’écriture romanesque façonne l’imaginaire des peuples, la vertu thérapeutique qui l’accompagne devient sa conscience vigilante de ses propres pensées et motivations.
Cela dit, outre l’envoutement du verbe, la réflexibilité de la dialectique des deux aliénations tant signifiantes que sociales nous permet de ne plus forclore la dimension de l’inconscient dans l’acte de l’écriture.
La réciprocité de la production du fonctionnement psychique qui se distingue du cérébral, saisit le devenir de l’écriture (facteurs subjectifs) dans la pratique du soin en supplantant l’hégémonie du déterminisme biologique.
L’analyse de l’échappement de la parole se repère alors à travers l’horloge subjective qui trouve son point de démarcation dans la dimension de l’inconscient.
Il va sans dire que la vertu socialisante de l’écriture parfois s’accommode par des dérives sectaires, mais l’enchevêtrement de l’écriture traumatique exige une responsabilité éthique.
De fait, « l’économie subjective » de la narration ne doit pas empiéter sur l’énergie psychique des entretiens car le moment fécond et résilient de ces derniers peut se transformer en cauchemar pour la victime s’il est soumis à un étalage inconséquent ; c’est une deuxième souffrance qui remue le couteau dans la plaie de façon inconsciente.
L’enjeu de la malédiction de ce roman n’a pas dépassé le souffle prophétique de la dénonciation des crimes odieux de la décennie noire pour se fourvoyer dans une forme de narration dont les enjeux sont de prime abord thérapeutiques.
Ceci dit, la pratique de l’écriture s’organise par le maniement de la responsabilité de l’éthique qui évite à l’écrivain de se morfondre dans le jeu malsain du dévoilement psychique des victimes, « il serait imprudent de montrer le moi de la victime aux autres »
A notre sens, en suivant l’évolution de cette affaire en cours de justice, les écrivains qui abordent le trauma doivent être vigilants pour éviter toute équivoque afin d’éviter le dénigrement de la subjectivité.
Adnan Hadj Mouri

Bouton retour en haut de la page