Téléphonie: Le smartphone, miroir des inégalités urbaines

A Oran, des marchés populaires aux boutiques sophistiquées, le téléphone portable est bien plus qu’un outil technologique. Il est également révélateur des disparités économiques entre les quartiers et les populations, devenant un marqueur social et un enjeu commercial. Les prix et les modèles varient largement selon les lieux, créant une véritable cartographie de la consommation numérique dans la capitale de l’Ouest algérien.

Dans les quartiers huppés (ou supposés tel) comme Akid Lotfi, les vitrines des boutiques spécialisées brillent des derniers modèles de smartphones. L’iPhone 15 Pro Max y est proposé à plus de 400.000 dinars, tandis que les Samsung Galaxy Z Fold5 s’affichent à plus de 300.000 dinars. Ces appareils, souvent importés de Dubaï ou d’Europe, sont prisés par une clientèle à la recherche d’innovation et de prestige. «Ici, nos clients ne demandent pas seulement un téléphone, ils veulent un symbole de statut. Un iPhone ou un Samsung haut de gamme, c’est aussi une manière de montrer qu’on est à la page», explique Amine, gérant d’une boutique de téléphonie à Akid Lotfi.
Dans les quartiers populaires, la donne est bien différente. A Mdina Jdida ou Haï Sabah, les marchés regorgent de téléphones d’occasion, reconditionnés ou importés de manière informelle. Sur les étals, un Samsung Galaxy A12 est affiché à 25.000 dinars, et un iPhone 8, malgré son âge, trouve preneur à 30.000 dinars.
Les clients recherchent avant tout des appareils fiables à des prix accessibles, quitte à renoncer aux garanties. «Ici, les gens ne veulent pas dépenser une fortune pour un téléphone. Ce qui compte, c’est qu’il fonctionne bien et qu’il ne soit pas trop cher», confie Yacine, un vendeur ambulant.
A Belgaïd, un quartier en plein essor, le marché de la téléphonie s’adapte à une clientèle variée, en particulier des étudiants de l’université voisine. Avec des budgets limités, ces jeunes privilégient des marques comme Xiaomi ou Oppo, dont les modèles sont disponibles à partir de 20.000 dinars. «Les étudiants cherchent des téléphones performants pour naviguer sur les réseaux sociaux ou suivre leurs cours en ligne. Ils veulent de la qualité, mais à prix abordable», explique Nassima, commerçante dans le quartier.
Les plateformes numériques comme Ouedkniss jouent également un rôle important en permettant à ces consommateurs de comparer les prix ou de dénicher de bonnes affaires.
Face à cette diversité dans le marché de la téléphonie, la Direction régionale du Commerce d’Oran tire la sonnette d’alarme sur les risques liés au marché informel. «Nous constatons que de nombreux téléphones sont vendus sans facture ni garantie, surtout dans les marchés populaires. Ces pratiques posent un problème de transparence et exposent les consommateurs à des arnaques ou à l’achat de contrefaçons», déclare un porte-parole de la direction.
Les autorités ont intensifié les contrôles, mais reconnaissent la difficulté d’endiguer le commerce informel dans une ville aussi dynamique. Elles encouragent les citoyens à privilégier les points de vente agréés pour garantir la qualité et l’origine des produits.
O.A Nadir

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