Oran : Quand les cinémas sont détournés de leur vocation

Les cinémas d’Oran, autrefois temples de la culture et du septième art, connaissent aujourd’hui une nouvelle fréquentation, parfois inattendue.
Des établissements emblématiques comme le cinéma Murdjadjo, anciennement Balzac, ou encore la Cinémathèque d’Oran, lieu de projection culte, attirent non seulement les cinéphiles, mais aussi des couples jeunes et adultes venus partager des moments de complicité. Une situation qui interpelle et soulève de nombreuses questions sur l’utilisation des espaces culturels publics.
Au fil des années, ces salles de cinéma, symboles de partage familial et d’éveil culturel, ont vu leur vocation initiale légèrement dévoyée. Selon un employé du cinéma Murdjajo, « il est fréquent que des couples, souvent très jeunes, transforment ces lieux en espaces privés pour se retrouver en toute discrétion. » Une pratique qui oblige les responsables des salles à adopter des mesures particulières. « Nous sommes contraints de vérifier la salle toutes les dix minutes à l’aide d’une lampe torche », confie un gardien de la cinémathèque Miramar, un mélange d’exaspération et de lassitude dans la voix. Ces contrôles, souvent intrusifs pour les spectateurs ordinaires, sont devenus une nécessité pour maintenir une certaine discipline et éviter les débordements.
Cette situation a un effet direct sur les habitudes de fréquentation des cinémas. De nombreux parents, grands-parents et enfants hésitent désormais à franchir les portes des salles obscures. « Je voulais emmener mes enfants voir un film d’animation récemment, mais on m’a déconseillé d’y aller à cause de ce genre de comportements », témoigne Nadia, une mère de deux enfants habitant Oran. Les salles, qui devraient être des espaces intergénérationnels, deviennent alors des zones où des familles se sentent exclues, laissant la place à une autre clientèle moins préoccupée par l’expérience cinématographique.
Avec des tickets de cinéma oscillant entre 300 et 500 dinars dans la plupart des établissements oranais, l’accessibilité des prix explique en partie cet engouement. Le cinéma est souvent perçu comme une sortie abordable, idéale pour les jeunes couples en quête de moments intimes loin des regards. Cependant, cette accessibilité tarifaire pose un défi pour la gestion des salles, car elle attire parfois un public moins respectueux des règles de bienséance.
Les responsables des salles comme le cinéma Murdjadjo ou de la Cinémathèque appellent à une meilleure sensibilisation des spectateurs, en particulier des jeunes, sur le respect des lieux publics. Parmi les propositions, on retrouve l’installation de caméras de surveillance dans les espaces communs (sans violer la vie privée), la création de séances spéciales dédiées aux familles avec des horaires adaptés et une signalisation claire rappelant les règles de conduite dans les salles.
Les cinémas d’Oran, bien plus que de simples lieux de projection, font partie du patrimoine culturel de la ville. Le cinéma Murdjajo témoigne de l’âge d’or cinématographique d’Oran, tandis que la Cinémathèque reste un carrefour incontournable pour les amateurs de films d’auteur et classiques. Leur transformation en espaces où l’expérience cinématographique est détournée met en péril leur rôle éducatif et culturel. Une prise de conscience collective est nécessaire pour redonner à ces lieux leur vocation première.
O.A Nadir
