Les gargotes miroirs d’une inflation des prix : Quand le plat populaire devient un luxe

Dans les quartiers populaires d’Oran et aux abords des grandes routes de la wilaya, les gargotes, ces restaurants modestes qui font (une part) de la réputation culinaire de l’Algérie, vivent une crise sans précédent.
Autrefois accessibles à toutes les bourses, ces établissements sont aujourd’hui frappés de plein fouet par l’inflation galopante qui pèse sur les produits de base et les contraint à augmenter leurs prix. Une situation qui, selon de nombreux intéressés, remontent à l’après-Covid et les hausses successives des prix des produits alimentaires.
Le frite-omelette, ce classique des repas économiques, a vu son prix passer de 120 à 180 dinars en moins d’un an. La viande hachée, autrefois proposée à 80 dinars la portion, s’affiche désormais à 150 dinars. Quant à la fameuse «chtitha lham», ce plat emblématique mijoté à base de viande et de sauce rouge, son prix a explosé, sautant de 450 à 650 dinars. «Avant, on venait ici pour manger à notre faim sans se ruiner. Aujourd’hui, c’est un luxe », témoigne Farid, un client fidèle d’une gargote située dans la banlieue de Belgaïd. Ce chauffeur de taxi, habitué à s’arrêter pour un repas rapide entre deux courses, confie désormais devoir sauter certains repas pour économiser.
Amar, gérant d’une gargote populaire dans le même Belgaïd, a quitté sa ville natale de Skikda pour travailler à Oran. «On est au bord de la rupture. Les clients se plaignent, mais nous, on ne peut rien faire. Parfois, il faut choisir entre la qualité des ingrédients et les marges pour tenir», explique-t-il. Son collègue Sofiane, également originaire de Skikda, ajoute : «On reçoit des remarques tous les jours, mais personne ne voit les sacrifices que nous faisons pour garder les plats abordables», dit-il en citant les différentes et nombreuses charges auxquelles ils doivent faire face : location, salaire des travailleurs, hausses diverses des prix des ingrédients…
Face à cette situation, certains restaurateurs cherchent des solutions innovantes, comme la réduction des portions ou l’utilisation d’ingrédients alternatifs. Mais ces efforts semblent insuffisants pour compenser la baisse de fréquentation.
L’augmentation des prix ne touche pas seulement les plats, mais aussi les boissons et les accompagnements. «Un soda qui coûtait 40 dinars est aujourd’hui proposé à 100 DA. Même le pain supplémentaire est devenu payant dans certains endroits», déplore Salim, un autre client rencontré dans une gargote de Haï el Menzah (anciennement Canastel).
Le constat est clair : les gargotes, symboles de convivialité et de simplicité, reflètent aujourd’hui la précarité croissante d’une grande partie de la population. Si rien n’est fait pour stabiliser les prix des produits de base, ces lieux risquent de perdre leur essence, emportant avec eux une partie du patrimoine culinaire populaire d’Oran.
O.A Nadir
