Elle dénonce « une campagne calomnieuse »: La Grande Mosquée de Paris accuse CNews
La Grande Mosquée de Paris (GMP) dénonce la « campagne calomnieuse » menée à son encontre par la chaîne de télévision française d’extrême droite xénophobe CNews. Elle a publié un communiqué, lundi 5 janvier, pour dénoncer la « campagne calomnieuse » menée à son encontre par la chaîne d’info de Bolloré et « quelques personnes de bas niveau ».
Un obscur blogueur du nom de Chawki Benzehra a lancé de graves accusations [à l’antenne] en affirmant que la Grande Mosquée de Paris cherchait à déstabiliser la France, relate le communiqué. Chawki Benzehra est notamment cité par CNews comme étant celui qui aurait permis l’expulsion de deux influenceurs algériens ayant appelé à commettre des attentats ou en appelant au meurtre, sur TikTok.
Le communiqué poursuit : « Quelques jours plus tôt, l’ancien ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, connu pour son hostilité aveugle contre le pays où il fut en fonction, était invité pour tenir un discours similaire ». La Mosquée de Paris rejette complètement ces propos diffamants qui « s’inscrivent dans la stratégie globale de CNews visant à discriminer l’ensemble des musulmans de France, à leur nier le simple droit d’exister dans notre pays, et à diffuser le poison de l’extrême droite dans notre société ».
Lieu de rencontre et de culture, la Grande Mosquée de Paris a été construite en 1922, avec pour mission d’offrir aux musulmans de France un lieu de culte. Dans son communiqué, la GMP rappelle que celle-ci « est régie par une association de loi française, comme l’ensemble des mosquées qui lui sont affiliées sur le territoire français et cela ne l’empêche aucunement de bénéficier de liens forts et historiques avec l’Algérie, et ce en parfait accord avec l’État français ». La campagne qu’il dénonce n’est pas une surprise, d’après cette institution de culte musulman qui l’attribue d’abord à une stratégie globale de la chaîne à « discriminer l’ensemble des musulmans de France ». CNews a déjà été rappelée à l’ordre en la matière. En 2019, le CSA l’avait mise en demeure pour « incitation à la haine ou à la violence » envers les personnes musulmanes après des propos d’Éric Zemmour dans « Face à l’info ». En 2022, des propos islamophobes tenus par Jean-Claude Dassier avaient entraîné plusieurs saisines à l’Arcom. Pour la Grande Mosquée de Paris, cette campagne est aussi le résultat de ses positions et de ses engagements forts contre l’extrême droite « notamment lors des dernières élections de juin et juillet 2024 ».
Attaques en cascade de l’extrême-droite
Cette campagne intervient dans un contexte d’attaques sans précédent d’Emmanuel Macron contre l’Algérie. S’exprimant, hier, lors d’une réunion annuelle avec les ambassadeurs français, le locataire de l’Elysée a de nouveau demandé à l’Algérie de libérer l’écrivain Boualem Sansal, arrêté à la mi-novembre à Alger. « L’Algérie que nous aimons tant et avec laquelle nous partageons tant d’enfants et tant d’histoires entre dans une histoire qui la déshonore, à empêcher un homme gravement malade de se soigner. Ce n’est pas à la hauteur de ce qu’elle est », a-t-il dit honteusement devant les ambassadeurs français réunis à l’Élysée. Cette déclaration scandaleuse constitue une ingérence dans les affaires intérieures de l’Algérie et une attaque violente contre la souveraineté de la justice algérienne.
En novembre dernier, l’arrestation à Alger de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a donné lieu à des attaques sans précédent contre l’Algérie et ses dirigeants, émanant notamment de l’extrême-droite française. De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui a été interrogé, dimanche 5 janvier par RTL, s’est aussi attaqué à l’Algérie. « Nous souhaitons entretenir les meilleures relations avec l’Algérie (…) mais ce n’est pas le cas aujourd’hui », a-t-il dit. Barrot a réitéré que son pays tient à la feuille de route tracée en 2022. « Mais nous observons des postures, des décisions de la part des autorités algériennes qui nous permettent de douter de l’intention des Algériens de se tenir à cette feuille de route. Parce que pour la tenir, il faut être deux », a-t-il affirmé. Jean-Noël Barrot s’est dit, « comme le président français, très préoccupé par le fait que la demande de libération adressée par Boualem Sansal et ses avocats a été rejetée. » Pour rappel, le 29 décembre 2024, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a qualifié l’écrivain d’« imposteur ». Naturalisé français en 2024, il est poursuivi en vertu de l’article 87 bis du Code pénal algérien, qui sanctionne « comme acte terroriste ou subversif, tout acte visant la sûreté de l’État, l’intégrité du territoire, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions ». En décembre, la télévision publique algérienne a diffusé les aveux d’un ancien terroriste, accusant les services de renseignement français d’avoir tenté de le manipuler pour créer des cellules terroristes en Algérie. Cette affaire a provoqué la convocation de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, au siège du ministère des Affaires étrangères.
G. Salima
