Une Conférence pour l’histoire

Invité, hier, sur la Chaîne 1, le directeur du Musée du Moudjahid, le professeur Hassan Magdouri, a expliqué que la Conférence internationale sur les crimes du colonialisme en Afrique vise à mettre en lumière les crimes coloniaux en Afrique et à élaborer une vision commune entre les États membres de l’UA pour la mise en place d’un front uni en faveur des réparations et du traitement des «injustices historiques » laissées par les puissances coloniales.
Il a précisé que la rencontre constituera une véritable opportunité pour ouvrir un débat scientifique, juridique et politique sur les crimes coloniaux et les dossiers occultés, afin de bâtir une position unifiée qui renforce la souveraineté africaine et protège le continent des influences coloniales anciennes et nouvelles.
Dans ce contexte, M. Magdouri a rappelé que l’Algérie, en dirigeant ce mouvement africain, s’inscrit dans le prolongement de son parcours révolutionnaire et de son rôle reconnu dans le soutien aux luttes de libération en Afrique. Depuis son indépendance en 1962, l’Algérie s’est placée à l’avant-garde du combat pour la libération du continent, en soutenant la vague d’indépendances qui a touché près de 20 pays africains, et en accueillant notamment la Conférence du Mouvement des non-alignés en 1973, qui avait appelé à une refonte du système économique mondial pour plus d’équité entre le Nord et le Sud.
Le directeur du Musée du Moudjahid a souligné que la prise de conscience africaine des crimes coloniaux remonte à avant l’indépendance de l’Algérie. Aujourd’hui, un projet africain est en cours pour définir juridiquement la notion de « crime colonial » conformément aux textes internationaux, malgré des divergences d’interprétation entre États. Les participants présenteront des expériences nationales afin d’élaborer une définition commune permettant de défendre le droit du continent à des réparations historiques.
M. Magdouri a rappelé que de nombreux crimes coloniaux ont été occultés ou minimisés, et que plusieurs pays africains ont tenté de réécrire leur histoire après l’indépendance, mais se sont heurtés au pillage des archives et des biens par les anciennes puissances coloniales.

La place de l’Algérie

L’Algérie, pour sa part, a réussi à récupérer une partie importante de ses archives et témoignages, ce qui lui a permis de bâtir un réseau de musées dédiés à la préservation de la mémoire nationale, suscitant l’admiration de nombreuses délégations africaines.
Concernant les crimes de masse en Algérie, l’historien a rappelé qu’il n’existe pas de statistiques officielles sur les victimes du colonialisme français durant ses 132 années de présence. Le chiffre d’un million et demi de martyrs concerne uniquement la période de la guerre de libération (1954–1962), laissant ouverte la question du nombre de victimes depuis 1830, ainsi que celle des autres peuples africains ayant subi le même sort.
M. Magdouri a évoqué les essais nucléaires français à Reggane à partir du 13 février 1960, qui ont provoqué une catastrophe environnementale et sanitaire dont les effets ont touché les pays voisins africains et méditerranéens. Il a également mentionné les déplacements forcés, notamment la déportation de nombreux Algériens vers la Nouvelle-Calédonie, où des générations vivent encore éloignées de leur identité originelle.
Le professeur a rappelé que la solidarité africaine face aux crimes coloniaux s’est manifestée très tôt. Il a cité l’exemple du Soudan, dont le général Talaat Farid avait publié, le 5 mai 1959 dans le journal Al-Zaman, un article dénonçant le projet nucléaire français en Algérie, suivi d’une protestation officielle du gouvernement soudanais.
Enfin, M. Magdouri a retracé les différentes étapes du colonialisme européen en Afrique : dès le XVIᵉ siècle avec les « grandes découvertes » menées par l’Espagne et le Portugal ; la mise en place de la traite des esclaves en Afrique de l’Ouest ; l’implantation coloniale en Algérie, au XIXᵉ siècle, et dans de vastes régions d’Afrique du Nord, de l’Ouest, du Centre et de la Corne de l’Afrique.
Il a conclu en rappelant que le colonialisme a justifié ses politiques par un discours de « civilisation », qui s’est traduit en réalité par des crimes d’extermination, le pillage des richesses et l’effacement des langues et cultures locales, comme en Algérie à travers les campagnes de christianisation et les tentatives de destruction de l’identité nationale.
T.F

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