Ce que j’en pense : Une Nation vs le Monde

Par Moncef Wafi

«Le doute est le commencement de la sagesse», Aristote. La certitude, elle, a été depuis l’antiquité l’objet de multiples mises en garde philosophiques en la désignant souvent comme un idéal. Platon, dans La République, s’interrogeait sur une certaine illusion du savoir : une certitude immédiate (ou opinion) que l’on devrait distinguer de la vérité, en cela qu’elle puisse en avoir les apparences externes sans l’être tout à fait. Cette définition, copiée-collée de Wikipédia, trouve toute sa justesse dans cette fin d’année des paradoxes où se déroule un théâtre d’ombres chinoises qui veut que la vérité n’est pas forcément celle partagée par les puissantes et braillardes gorges du moment.
Le mensonge n’est plus une ombre, disputant la lumière au soleil. Une Nation qui devrait douter mais qui, malheureusement, ne doute plus, persuadée de son invincibilité de façade, de son nombrilisme étriqué et de sa vision myope de l’avenir. Entre doute et certitude, la Nation arabe s’est fourvoyée dans un labyrinthe mythique, voulant fuir sa propre réalité et rattraper un ersatz de modèle bâti sur le folklore d’Aladin et les courbes de Sheherazade, Chahra pour les intimes du quartier.
Une architecture surréaliste basée sur des certitudes pérennes, celles des discours lénifiants, des statistiques bidonnées et des mystifications institutionnelles. Une sémantique, véritable guide pratique d’un à-plat-ventrisme érigé en référence à une politique étrangère imposée et de gage de survivance. Le tableau noir est alors pris d’assaut par des chiffres, des annotations, des citations à la gloire de la connerie universelle, puis vient un prédicateur assermenté, barbe hirsute et yeux soulignés au khôl, distribuer la bonne parole divine. «Tiens, c’est pour toi, prends-en encore c’est gratuit et ça ne coûte pas un pet de chameau. Toi, là, arrive, fais des courbettes, prosternes-toi devant le père et l’oncle, oui comme ça et ne relèves pas la tête jusqu’à ce qu’on te dise d’applaudir avec ta langue». Des certitudes formelles sur un avenir radieux d’une Nation qui doute encore de son identité, de ce que lui réserve la prochaine guerre, du temps qu’il pleuvra, du soleil enneigé et de la quadrature du cercle.
Des certitudes payées sur le Trésor public, renforcées par des contrats à longue durée qui ne sauraient souffrir d’aucune remise en question ni d’interrogations légitimes. Des certitudes qui ne laissent aucune place aux doutes permis ne serait-ce que parce Nietzsche a dit que «ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou», mais dans une Nation de fourbes, les lâches ne sont pas forcément ceux qu’on maudit.

Bouton retour en haut de la page