Gara Djebilet : La souveraineté dans la filière du fer en jeu

Le projet minier de Gara Djebilet, présenté comme l’un des plus grands gisements de minerai de fer au monde, entre désormais dans sa phase opérationnelle et place selon les autorités l’Algérie sur la voie d’une plus grande souveraineté industrielle.
C’est ce qu’a affirmé Jamal Eddine Choutri, directeur de cabinet de la secrétaire d’État chargée des Mines, lors d’une intervention mardi sur la Radio nationale.
Le gisement, dont les réserves sont estimées à 3,5 milliards de tonnes, s’étend sur les wilayas de Tindouf, Béchar et Naâma. Selon M. Choutri, la première unité de production et de traitement du minerai devrait entrer en service au premier trimestre 2026 à Tindouf, avec une capacité initiale de 4 millions de tonnes par an, quantité qui sera destinée en priorité au marché national afin de réduire progressivement les importations.
Deux autres unités sont prévues à Béchar et Naâma, développées en partenariat avec le groupe turc Tosyali et la Société nationale du Fer et de l’Acier (FERAAL). La troisième unité, à Naâma, vise la production de pellets (kéries de fer) — des produits semi-transformés très demandés à l’export — avec une capacité qui pourrait atteindre 6 millions de tonnes par an. Le projet attend l’aval définitif du Conseil des ministres et la mobilisation des financements nécessaires.
Sur le plan technique, l’équipe du projet annonce avoir résolu une difficulté majeure : la réduction du taux de phosphore dans le minerai, passé de 0,8 % à 0,2 %, ce qui permet désormais d’utiliser le fer local dans les procédés industriels nationaux sans recourir systématiquement à des traitements coûteux. Ce progrès, juge M. Choutri, lève un obstacle clé à la valorisation locale du minerai.
Au-delà de l’industrie, Gara Djebilet doit provoquer une dynamique socio-économique dans des régions longtemps isolées : 250 emplois directs sont annoncés à Tindouf et 800 à Béchar, sans compter les emplois induits dans la logistique, la sous-traitance et les services. La ligne ferroviaire reliant Gara Djebilet à Béchar, présentée comme achevée, sera mise en exploitation début 2026 pour assurer l’acheminement du minerai vers les unités de traitement.
Sur le plan national, ce chantier intervient alors que la demande des aciéries locales avoisine déjà 10 millions de tonnes par an. La montée en puissance progressive du projet — 4 millions de tonnes puis 10 millions lors des phases suivantes — doit permettre, à terme, non seulement de satisfaire la demande intérieure mais aussi d’envisager des exportations du surplus. Les investissements engagés comprennent, d’après les autorités, des millions de dollars mobilisés pour équiper les unités, avec des tranches financières significatives déjà allouées.
M.S
