Affaire Sansal : Quand les médias français se déchaînent

La confirmation en appel, hier, de la condamnation à cinq ans de prison du Franco-algérien, Boualem Sansal, a déclenché une nouvelle tempête médiatique anti-algérienne en Hexagone. Sous couvert de défense des droits humains, les grands titres français ont déployé un narratif réducteur, occultant délibérément les faits juridiques et historiques du dossier pour servir un agenda politique hostile à Alger.

Poursuivi notamment pour « atteinte à la sûreté de l’État, à l’intégrité du territoire et à la stabilité des institutions », Sansal a été condamné en mars dernier, en première instance devant le tribunal de Dar El Beida, à cinq ans de prison ferme. La peine a été confirmée, hier, à l’issue d’un procès en appel au cours duquel le parquet a requis 10 ans de prison ferme. Les médias français ont commis une couverture partiale et « inflammatoire » du procès.
Dès l’annonce du verdict, les rédactions françaises ont rivalisé de superlatifs violents et sans fondement. L’Express n’a pas eu honte de verser son venin en parlant d’une « parodie de justice », effaçant d’un trait les fondements légaux du procès mené par la justice d’un pays souverain. TV5 Monde s’est fait l’écho des diatribes de Marine Le Pen et Mathilde Panot, qualifiant la décision de «scandaleuse », sans contextualiser les charges retenues contre Sansal liées pourtant à l’atteinte à l’unité nationale, l’outrage aux institutions et la détention de documents menaçant la sécurité de l’État. Dans un éditorial indigne, Le Monde a évoqué une décision « incompréhensible et injustifiée », sans interroger la souveraineté judiciaire algérienne.
Cette unanimité médiatique masque un angle mort essentiel : aucun de ces médias n’a sérieusement examiné le contentieux historique des frontières algéro-marocaines qui est pourtant le cœur de l’affaire, ni les implications sécuritaires des déclarations gravissimes de Sansal sur Frontières, son employeur, média d’extrême droite français xénophobe connu pour ses positions antimusulmanes. Cela dénote ni plus ni moins d’une instrumentalisation politique de bas de gamme d’un dossier juridique. L’affaire Sansal est devenue le prétexte d’une surenchère anti-algérienne et une vulgaire récupération politique par l’extrême droite. Marine Le Pen a immédiatement proféré des propos violents contre l’Algérie, tandis que Jordan Bardella (RN) accusait Emmanuel Macron de « prostration devant Alger ».

La meute médiatique

Sur fond d’un deux poids, deux mesures, aucune voix médiatique française n’a rappelé que la France avait expulsé, en avril 2025, douze diplomates algériens, ou inculpé un agent consulaire algérien dans l’affaire Boukhors, des actes perçus à Alger comme des provocations délibérées. Dans la réalité, Sansal n’est qu’un justiciable algérien qui a fait des déclarations gravissimes qui tombent sous le coup de la loi algérienne en s’attaquant à la souveraineté de l’Algérie en relayant une désinformation orchestrée par le Makhzen, un sous-traitant de l’entité sioniste.
Par ailleurs, la couverture du cancer de la prostate de Sansal illustre la stratégie émotionnelle des médias français : « Le gouvernement français appelle à un geste humanitaire pour notre compatriote, dont la condamnation équivaut à une peine de mort », a déclaré Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères. L’usage sélectif de la compassion interroge : pourquoi aucun grand média n’a-t-il mentionné que Sansal bénéficie de soins dans une unité médicale pénitentiaire depuis décembre 2024, comme le confirment ses avocats algériens ? Pourquoi taire que ses filles, via l’ambassade tchèque, ont déposé une demande de grâce présidentielle ? Cette meute de médias xénophobes français observe un silence assourdissant sur les arguments algériens.
Dans le fond, sur la question des frontières, Sansal a publiquement soutenu le vulgaire mensonge marocain selon lequel la France coloniale aurait « amputé » son territoire au profit de l’Algérie, une position officiellement qualifiée d’« atteinte à l’intégrité territoriale » par la justice algérienne. Ainsi, en France, le journalisme est en crise de crédibilité. L’affaire Sansal révèle une dérive inquiétante : sous prétexte de défendre la liberté d’expression, les médias français ont renoncé à leur devoir d’analyse équilibrée. En essentialisant les attaques violentes contre l’Algérie, en occultant les contentieux historiques franco-algériens, et en instrumentalisant un dossier purement judiciaire, ils alimentent un cycle de tensions dont ils se prétendent pourtant « les observateurs objectifs ».
Le véritable scandale n’est sûrement pas dans un verdict de la justice algérienne souveraine, mais dans l’incapacité d’une presse française à dépasser ses préjugés postcoloniaux pour rendre compte, enfin, des réalités plurielles du monde. Il est enfin à rappeler que le Parlement algérien a condamné à l’unanimité la résolution du Parlement européen exigeant la libération de Sansal, dénonçant une «ingérence inacceptable ». Du côté de l’opinion publique algérienne, les prises de position pro-sionistes de Sansal lui ont aliéné toute la société, la cause palestinienne étant sacrée.
G. Salima

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