Vente des moutons importés: Focus sur le marché de Sénia
À l’approche de l’Aïd el-Adha, la ville d’Oran et sa périphérie vivent au rythme des préparatifs. Parmi les points névralgiques de cette mobilisation, le site de vente de l’Office Régional des Viandes d’Oran (ORVO), implanté à Sénia, attire quotidiennement une foule nombreuse.
L’objet de toutes les convoitises : le mouton importé, proposé à un prix administré de 40.000 dinars. Un tarif perçu comme salutaire dans un contexte d’inflation et de flambée généralisée des prix du bétail local.
Une réponse concrète à une crise réelle
La situation économique actuelle, marquée par une hausse des prix des produits alimentaires et des charges de la vie courante, a rendu difficile l’acquisition du mouton de l’Aïd pour de nombreuses familles. Dans certaines communes de la wilaya d’Oran, les ovins locaux se négocient entre 80.000 et 100.000 dinars, voire davantage selon le poids et la race. Face à ce constat, l’intervention de l’État par l’intermédiaire de l’ORVO (Office Régional des Viande de l’Ouest) et d’ALVIAR (Algérienne des Viandes Rouges) constitue une alternative accessible et encadrée.
A Senia, le site est aménagé de façon rigoureuse. L’entrée est filtrée, les files d’attente canalisées, et des agents orientent les citoyens vers les enclos où paissent les bêtes fraîchement importées. L’ensemble du dispositif repose sur une logique de transparence : chaque animal est identifié par une puce ou une étiquette, les paiements sont enregistrés, et les modalités sont multiples (carte Edahabia, CIB, virement ou espèces).
Sur place, les témoignages sont unanimes quant à la pertinence de cette initiative publique. Kamel, 42 ans, fonctionnaire, résidant à Sidi El Bachir, témoigne : «Je suis venu avec mon frère dès 7h du matin. À ce prix-là, on ne peut pas faire mieux. Je gagne à peine 50.000 DA par mois, alors acheter un mouton à 90.000, c’était impossible pour moi».
Plus loin, Nadim, maçon à la retraite, venue avec ses deux petits-enfants, confie : «On a vécu des années sans pouvoir célébrer l’Aïd dans la tradition. Aujourd’hui, grâce à cette opération, je retrouve un peu de dignité».
Pour les agents de l’ORVO, mobilisés depuis plusieurs jours, la mission est claire : garantir un accès équitable aux familles, assurer la qualité sanitaire des bêtes et veiller à un déroulement fluide des opérations. «Nous recevons chaque jour une nouvelle cargaison de moutons importés. Ils sont inspectés à leur arrivée, et seuls les animaux conformes aux normes vétérinaires sont mis en vente», indique un vétérinaire de service.
Il ajoute : «Nous avons ici des moutons provenant de Roumanie et d’Espagne, bien nourris, jeunes, et parfaitement adaptés au sacrifice rituel».
Enthousiasme et organisation
Malgré l’affluence, l’atmosphère qui règne sur le site de Senia est calme et presque conviviale. Le temps de ce samedi, agréablement ensoleillé, rend la file d’attente plus supportable. De petits groupes se forment, les discussions s’animent sur les critères de choix : cornes, taille, propreté de la laine. Des enfants, nombreux, scrutent les enclos avec curiosité, parfois amusés par le bêlement sonore d’un bélier récalcitrant. «Regarde celui-là, il a l’air fâché !», s’exclame un jeune garçon, déclenchant les rires autour de lui.
Autour du site, l’activité commerciale s’organise également. Des vendeurs ambulants proposent des boissons fraîches, des chapeaux de paille, et des sandwiches. L’ambiance évoque davantage une foire rurale qu’un marché urbain saturé. Un agent de sécurité, interrogé entre deux rondes, résume la journée en quelques mots : «Ça circule bien, les gens sont compréhensifs. Il y a du respect, de la patience, c’est rare mais ça fait plaisir».
Cette expérience à Senia s’inscrit dans un dispositif plus large déployé à l’échelle nationale. Le ministère de l’Agriculture, à travers ALVIAR, supervise l’acheminement et la distribution de plus de 100.000 têtes importées, réparties sur plus de 800 points de vente à travers le territoire.
L’objectif affiché est clair : briser le monopole de certains spéculateurs et rétablir un équilibre dans un marché marqué par les abus.
La traçabilité, la transparence et le contrôle rigoureux sont les maîtres mots de cette opération. Les responsables locaux n’écartent pas la possibilité de prolonger ou d’élargir l’opération dans d’autres zones périphériques d’Oran si la demande venait à augmenter à l’approche du jour sacré.
Au-delà de l’aspect économique, ce retour de l’État sur le terrain de la distribution directe renforce un sentiment de solidarité nationale.
Pour beaucoup, cette opération dépasse le simple acte d’achat : elle symbolise une attention accordée aux couches sociales les plus fragiles. «C’est une manière de nous dire qu’on n’est pas oubliés», confie Rabah, un retraité de l’éducation nationale. «Et, en ces temps compliqués, ça vaut plus que le mouton lui-même».
O.A Nadir
