Tentatives de déstabilisation identitaire : Appel à renforcer le front intérieur

Alors que l’Algérie célèbre cette année les 30 ans du Haut-commissariat à l’amazighité (HCA), un colloque national s’est tenu mardi à Alger sous le thème : « La promotion de l’amazighité dans le cadre de la sécurité identitaire ». Ce rendez-vous scientifique et stratégique a réuni chercheurs, responsables institutionnels, représentants des forces de sécurité et acteurs académiques autour d’un objectif central : consolider le front intérieur contre les campagnes de dénigrement et de falsification de l’identité nationale.
Dans son allocution d’ouverture, le secrétaire général du HCA, Si El Hachemi Assad, a mis en garde contre les attaques cybernétiques et narratives visant à affaiblir la cohésion sociale en ciblant directement les composantes de l’identité algérienne. « Face à ces menaces, un front médiatique et citoyen fort est indispensable », a-t-il déclaré, appelant à la mobilisation collective pour défendre la souveraineté culturelle du pays.
Cette alerte intervient dans un contexte où l’histoire et la légitimité de la dimension amazighe de l’identité algérienne sont remises en question par certaines voix, à l’image de Belghit. Le 3 mai 2025, ce dernier a été placé sous mandat de dépôt, poursuivi pour « atteinte à l’unité nationale » et «incitation à la haine raciale » après avoir tenu des propos controversés sur Sky News Arabia, une chaîne émiratie. Il avait notamment qualifié tamazight de « produit d’un complot franco-sioniste », suscitant une vive controverse et des réactions indignées de la part de nombreux chercheurs et acteurs culturels qui les ont largement dénoncés comme une tentative de réécriture réductrice de l’histoire nationale.
De son côté, le professeur Mohamed Lahcen Zeghidi, président de la Commission Histoire et Mémoire, a rappelé que l’identité algérienne repose sur quatre fondements indissociables : l’islam, l’arabe, tamazight et l’héritage révolutionnaire. « Toute tentative de hiérarchiser ou d’exclure l’une de ces dimensions constitue une menace directe à l’unité nationale », a-t-il insisté. Il a invité à «investir dans une mémoire multidimensionnelle qui fédère plutôt qu’elle n’oppose », notamment à travers l’éducation, les médias et la culture.
Dans une autre communication universitaire, le professeur Farid Benramdane, président de l’Académie algérienne de toponymie, a plaidé pour une gouvernance identitaire inclusive, capable de concilier diversité culturelle et unité politique. Selon lui, tamazight ne doit plus être perçue comme une revendication minoritaire, mais comme une richesse nationale légitime et constitutionnelle. Il a proposé un modèle d’État-nation qui intègre pleinement la diversité linguistique et culturelle, dans une logique d’harmonie, loin des tensions ou des lectures idéologiques restrictives.
Les représentants du ministère de la Défense nationale (MDN) et de la DGSN ont également souligné que les menaces contre l’identité ne se limitent plus au champ militaire, mais s’étendent désormais au champ informationnel, culturel et symbolique. Ils ont mis en avant l’importance de la coordination entre institutions, médias et société civile pour contrer les discours haineux, les rumeurs et les tentatives de manipulation de l’opinion publique via les réseaux sociaux.
À travers ce colloque, le HCA et ses partenaires institutionnels affirment que la reconnaissance et la valorisation de tamazight n’est ni une concession ni une stratégie conjoncturelle, mais une nécessité historique, sociale et politique. Une réponse directe aux visions révisionnistes comme celle de Belghit et des autres dont les positions ont été qualifiées de « négationnistes » par plusieurs historiens.
T. Feriel
