Rencontre entre experts au Palais de justice : La médecine légale face aux crimes complexes

Une rencontre réunissant médecins légistes, psychiatres, magistrats et enquêteurs s’est tenue récemment à la Cour d’Oran. L’objectif : échanger sur le rôle crucial de la médecine légale dans le processus judiciaire, en particulier dans la résolution des affaires criminelles complexes, telles que les crimes de sang ou les agressions sexuelles.
Il a été souligné que l’expertise médicale constitue aujourd’hui un pilier fondamental de la preuve scientifique en Algérie. Les juges s’appuient de plus en plus sur les expertises médico-légales pour asseoir leurs décisions, qu’il s’agisse de condamnation ou d’acquittement. Les interventions lors de cette rencontre, placée sous le thème «L’expertise médicale devant le juge algérien», ont largement confirmé cette évolution.
La première séance a été consacrée aux crimes sexuels et à leur prise en charge par les services de médecine légale. Le professeur Boumeslout Salim, chef du service de médecins légale du CHU d’Oran, a mis en avant l’importance de rapports médicaux précis et rigoureux, garants des droits de la victime comme de l’accusé. Le Dr Mammar Djamal, médecin légiste et professeur à l’Institut de criminologie, a ensuite abordé l’examen des corps, véritable clé pour déterminer les circonstances d’un décès et les indices de violence.
Le professeur Mesli Amel a, de son côté, insisté sur la puissance probatoire des tests ADN, qui permettent soit d’identifier l’auteur d’un crime, soit d’innocenter un suspect.
La deuxième séance a exploré les aspects psychologiques, souvent complexes, de l’évaluation judiciaire. Le professeur Kamraoui Azzedine a analysé l’impact de l’expertise psychiatrique sur les décisions de justice, notamment dans les cas de troubles mentaux, où la question de la responsabilité pénale reste délicate.
Le procureur Maatallah Mustapha, du tribunal d’Ain Türck, a mis en garde contre les risques de manipulation des diagnostics psychologiques par certains prévenus cherchant à échapper à la sanction pénale. Il a souligné le rôle décisif du juge dans l’appréciation de ces expertises.
Enfin, le docteur Moulay Ali, chef du service des urgences psychiatriques du CHU d’Oran, a clôturé les travaux en appelant à une meilleure formation des psychologues judiciaires, à une réduction des délais dans la rédaction des rapports et à une coordination plus étroite entre praticiens et magistrats pour éviter toute mauvaise interprétation aux conséquences judiciaires lourdes.
Les recommandations finales de cette rencontre insistent sur la nécessité de renforcer la place de l’expertise médicale dans le système judiciaire algérien. Cela passe par une formation spécialisée, une modernisation des outils d’expertise et une implication plus précoce des spécialistes dès le début des enquêtes, afin de garantir une justice plus rigoureuse, fiable et équitable.
Zemmouri. L

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