Elles semblent se détériorer rapidement : L’énigme des routes gérées par les APC

Dans la wilaya d’Oran, le contraste est parfois saisissant : dans certaines communes, les routes semblent défier le temps, conservant leur stabilité et leur qualité pendant deux décennies, tandis que dans d’autres municipalités, les routes s’effondrent, se fissurent ou deviennent impraticables après seulement quelques
années.

Depuis de nombreuses années, si les projets routiers confiés à la direction des travaux publics sont bien gérés, en revanche, ceux confiés à certaines APC soulèvent des critiques et des interrogations légitimes sur les causes réelles de cette inégalité de durabilité. Est-ce une question de qualité d’études, de matériaux, de suivi par les communes, ou y a-t-il d’autres paramètres en cause ? Tentons d’y voir plus clair. «La disparité dans la durée de vie des routes à Oran est multifactorielle. Elle est le résultat combiné de la qualité des études, des matériaux, de la rigueur dans l’exécution, de l’entretien et de l’intégrité dans la gestion des projets», explique M. Bendahmane, ancien cadre du secteur de travaux publics ayant exercé à Oran. Pour ce dernier, «pour que toutes les routes durent 20 ans et plus, il faut simplement appliquer les normes existantes, responsabiliser chaque acteur de la chaîne, et mettre fin à la gestion approximative». «Toute route commence par une étude technique qui évalue la nature du sol, les charges prévues, le climat, les écoulements d’eau et bien d’autres paramètres», précise cet ingénieur en travaux publics.
Certaines routes anciennes mais durables sont le fruit d’études approfondies menées dans les règles de l’art, souvent à une époque où les bureaux d’études étaient plus rigoureusement encadrés, avec des délais suffisants pour faire un travail de fond. «À l’inverse, dans d’autres communes, les routes plus récentes gérées par les APC souffrent parfois d’études bâclées ou génériques, qui ne tiennent pas compte des spécificités locales : sol argileux, pente, présence d’eaux souterraines, etc. Une étude de mauvaise qualité entraîne inévitablement des choix de conception inadaptés», poursuit Bendahmane.

«Entreprises peu scrupuleuses, absence de véritable suivi»

Le deuxième facteur clé cité par cet ingénieur est «la qualité des matériaux utilisés». Une route qui tient 20 ans a souvent été construite avec des matériaux répondant aux normes : bitume de bonne qualité, agrégats bien calibrés, couches d’assise solides. «Malheureusement, dans plusieurs projets récents, les matériaux utilisés sont de qualité inférieure, sous-dosés ou mal compactés», déplore cet ancien cadre. Pour lui, «cette situation est exacerbée par un phénomène bien connu en Algérie : les marchés publics sont souvent attribués aux moins-disants, ce qui pousse certains entrepreneurs à rogner sur les coûts pour maximiser leur marge. Résultat : une route construite à bas prix, mais à durée de vie très courte», fait-il remarquer. Même avec une bonne étude et de bons matériaux, la réalisation doit être conforme. «Or, à Oran comme ailleurs, beaucoup de routes gérées par les communes souffrent d’un défaut d’exécution : mauvaise mise en œuvre des couches, absence de drainage, compactage insuffisant ou par temps humide, etc. », détaille cet ingénieur. «Certaines entreprises peu scrupuleuses en profitent pour réduire encore davantage la qualité des travaux, en l’absence de véritable suivi», souligne-t-il. Une route, même bien construite, nécessite un entretien régulier : nettoyage des caniveaux, réparation des fissures, curage des avaloirs. «A Oran, l’entretien des routes est souvent négligé par certaines communes, ce qui accélère leur dégradation, surtout pendant les saisons des pluies. Le ruissellement d’eau, en l’absence de drainage efficace, s’infiltre dans les couches de la chaussée et les détruit peu à peu», ajoute-t-il.
Enfin, les surcharges fréquentes (camions dépassant le poids autorisé) et les travaux anarchiques (tranchées pour réseaux sans remise en état correcte) sont autant de facteurs aggravants.
G. Salima

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