Ce que j’en pense: Les dents de la mer

Par Moncef Wafi

« Quand ils procéderont à notre arrestation, je les regarderai comme Larbi Ben M’Hidi a regardé les colonisateurs de sa terre : sereine, assurée de la libération de la Palestine », Rima Hassan quelques heures avant de se faire kidnapper ainsi que ses compagnons de voyage, à bord du Madleen, par l’armée la plus morale au monde.
Dans son message, l’eurodéputée a accusé pêle-mêle les pays occidentaux de « complicité coloniale », tout en fustigeant la « lâcheté » des États arabes et la « collaboration de la bourgeoisie palestinienne ». En une phrase, la belle brune a résumé toute la déchéance du reste du monde face à l’impunité hégémonique de la plus belle démocratie terrienne.
En quelques mots, elle a mis le doigt sur les manquements moraux des Occidentaux blancs, chrétiens, bien propres sur eux. Des évangéliques qui se cachent derrière leur bible pour mieux réciter la cabale. Qui se prosternent devant le veau d’or et crachent sur leurs drapeaux quand l’exige la maison-mère. Qui se dépouillent de leurs passeports lorsque le clairon de Jérusalem convoque le rassemblement.
Rima Hassan a également eu une pensée pour les régimes arabes. La plupart immuable dans la lâcheté, impassible dans la trahison, insoluble dans la dignité et l’honneur. Des Républiques « dattières » et des monarchies de sable protégées par le parapluie américain frappé de la croix de David. Des roitelets qui oppriment la moindre voix condamnant le génocide et qui lèchent le dessous des babouches de Trump. Des trônes qui vacillent au moindre soupir d’exaspération de leur bienfaiteur de circonstance et qui crachent du feu à la plus petite des intentions d’émancipation.
Rima Hassan s’est aussi rappelée de la position de la bourgeoisie palestinienne. Fœtale ça s’entend, la main tendue pour mieux se remplir la panse en commentant le ventre affamé des enfants de Ghaza. Cette bourgeoisie qui préfère tirer sur les combattants de la liberté plutôt que de dire du mal de leurs bourreaux. Cette bourgeoisie qui a pour modèle Éphialtès, Judas et Pétain.
Dans ces moments de bonnes résolutions et de bassesses assumées, alors que Ghaza continue de compter ses morts et de panser ses blessés, 12 personnes ont embarqué à bord d’un voilier pour briser le blocus imposé par l’entité sans nom. 12 personnes que seul un but convergent a réunies au détriment des risques promis. 12 personnes venues de divers horizons pour naviguer vers un horizon commun. Ils savaient que leur entreprise humanitaire avait peu de chance de rallier la terre ferme, néanmoins leur aventure a suffi à lever le voile, et définitivement, sur la crasse nudité des donneurs de leçons.

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